|
la Tunisie en 4x4 |
| cap Grand Sud |

du 21 au 31 mars 2002
Présentation
Profil des étapes
Récit par étapes avec photos
jeudi 21 mars 2002
vendredi 22 mars 2002
samedi 23 mars 2002
dimanche 24 mars 2002
lundi 25 mars 2002
mardi 26 mars 2002
mercredi 27 mars 2002
jeudi 28 mars 2002
vendredi 29 mars 2002
samedi 30 mars 2002
Conclusion
Bonnes
adresses
Contacts
Cartographie - Bibliographie
Liens
Voir aussi : raid 4x4 en Tunisie avec Sud Expé (avril 2003)

La Tunisie

cliquer
sur la carte pour les détails
Un peu d'histoire
La Tunisie était peuplée depuis la préhistoire. Des traces de présence humaine ont été découvertes dans les couches profondes du paléolithique.
Ses premiers habitants connus sont les Berbères.814 Av. JC: Fondation de Carthage par des colons phéniciens, conduits par la Reine Didon, appelée aussi ELYSSA. La nouvelle cité se développe rapidement devenant un grand foyer de civilisation et une puissance redoutable qui inquiète Rome.
264 - 146 Av. JC: Trois guerres contre Rome - passées à la postérité sous le nom des "guerres puniques"- sont engagées donnant lieu, entre autres, à la fantastique expédition conduite par Hannibal qui a traversé les Alpes avec ses éléphants (218- 202 Av. JC). Ces guerres s'achèvent par la défaite de Carthage.
146 Av. JC- 439: Etablissement de la première colonie romaine "Africa". Le pays connaît une grande prospérité. L'agriculture et l'urbanisation se développent.
439: Conquête de Carthage par les Vandales.
533: Reprise de Carthage par les Byzantins.647-698: Début de l'ère arabo-musulmane. Fondation de Kairouan par Oqba Ibn Nafaa (en 670) et prise de Carthage par les Arabes (en 698).
800-909 : Expansion de l'Islam et établissement de la Dynastie des Aghlabides (construction de la Mosquée Zitouna de Tunis). Kairouan est alors le centre politique et intellectuel du Maghreb.909-1159: Dynasties Fatimide et Ziride. Mahdia, fondée en 921, devient la capitale du pays
1159-1230: Les Almohades unissent les pays du Maghreb et l'Andalousie musulmane.
1236: Les Hafsides, vassaux des Almohades, se déclarent indépendants et fondent une nouvelle dynastie à Tunis qui règnera jusqu'en 1574.
1574: La Tunisie est annexée à l'Empire Ottoman .
1705: Fondation de la Dynastie des Husseinites (déchue le 25 juillet 1957).1881-1956: Protectorat français, établi le 12 mai 1881. La résistance anti-coloniale dure pendant pratiquement la totalité des 75 ans de domination française. Menée d'abord par le parti Destourien (1920), la lutte connaît un nouvel élan avec le néo-Destour à partir de 1934.
1956 (20 mars): La Tunisie obtient son indépendance.
1957 (25 juillet): Proclamation de la République tunisienne. Habib Bourguiba devient président de la Tunisie indépendante.
1959 (1er juin): adoption de la première constitution de la République Tunisienne.
1963 (15 octobre): les troupes françaises évacuent Bizerte, leur dernière base dans le pays.
1987 (7 novembre): conformément à la Constitution, le Premier ministre, Zine El Abidine Ben Ali, succède au Président Bourguiba, jugé par ses médecins dans l'incapacité de continuer à assumer ses fonctions. Le Président Zine El Abidine Ben Ali est investi par le Parlement en tant que Président de la République.
1989 (2 avril): Elections législatives et présidentielle. Election du Président Ben Ali au suffrage universel.
1994 (20 mars): Elections législatives et présidentielle. Réélection du Président Ben Ali et accès de l'opposition au Parlement, pour la première fois dans l'histoire de la Tunisie indépendante.
1999 (24 octobre): Réélection du Président Ben Ali suite à la première élection présidentielle pluraliste de l'histoire de la Tunisie.
L'opposition gagne 20% des 182 sièges à la Chambre des Députés grâce à la réforme du Code Electoral.
Le nombre de femmes au Parlement passe de 11 à 21.
Un peu de géographie
La géographie de la Tunisie est très diversifiée : montagne au nord, désert au sud, steppes à l'Ouest, Lacs salés au Sud Ouest et plages à l'Est.
La Tunisie compte près de 52,9 % de citadins. La croissance démographique diminue (politique de planning familial depuis 1964). Environ 350000 Tunisiens vivent à l'étranger, principalement en France.
L'économie est assez diversifiée. L'agriculture emploie 33 % des actifs et a développé des cultures intensives irriguées dans le Nord.
Pétrole, gaz et phosphates sont les principales ressources d'exportation et ont permis la création d'importants complexes industriels sur les côtes, alors que les activités textiles et de montage se sont développées dans les villes.
Le tourisme et le pétrole assurent d'importantes recettes. Le pays est l'un des plus développés d'Afrique

Genève - Marseille
Notre premier rendez-vous est le départ du Ferry à Marseille, où nous devons embarquer les deux véhicules pour 13h30 ce matin, après les formalités douanières et policières. Pour cela, nous programmons le réveil à 4h afin d'avoir un peu de marge et ainsi ne pas être en retard. Après avoir réglé les derniers détails, nous prenons donc la route en toute tranquillité.
A l'arrivée à la gare maritime de Marseille, quelle ne fut pas notre surprise - mauvaise surprise - d'apprendre que le ferry-boat pour Tunis a quelques heures de retard en raison, nous dit-on, de mauvaises conditions météo sur la Méditerranée.
Marseille : le vieux port sous un soleil radieuxNous profitons alors de ce contretemps pour aller nous imprégner quelque peu de l'ambiance marseillaise en allant prendre un premier repas au bord du vieux port. Enfin nous goûtons déjà au sentiment d'être en vacances. Le soleil et la douce chaleur nous le rappellent.
Nous constatons que nous ne serons pas les seuls à parcourir le désert, si on en juge par le nombre de véhicules 4x4 présents dans les files d'attente. Apparemment, de nombreuses organisations sont représentées, ce qui peut s'avérer être une sécurité pour nous quand nous serons plongés dans les immensités désertiques du sud.
C'est en regardant une vidéo, en écoutant de la musique, en discutant avec quelques locaux, ou encore en regardant danser une troupe d'espagnols déchaînés que nous rendrons le temps moins long.
l'interminable attente avant l'embarquement pour TunisFinalement nous ne partirons seulement qu'à 21h30, une fois les dernière formalités administratives accomplies tandis que le navire, le Habib afférté par Tunisia Ferries, se prépare à recevoir les nombreux véhicules en partance pour Tunis, mais aussi pour la Libye ou autre pays voisin de la Tunisie.
Nous prenons possession de nos cabines respectives, dans lesquelles nous passerons une nuit bien méritée, avec la fatigue accumulée, malgré le roulis du bateau.
Marseille - Tunis - Sousse
Réveillés par une annonce générale, nous remplissons ce matin tous les papiers de douane et de police relatifs à notre personne et à nos véhicules. Cette procédure est astreignante mais nous devons nous y plier obligatoirement. En somme, c'est une bonne chose qu'elle ait lieu sur le bateau. Nous avons déjà perdu assez de temps. Ainsi nous serons prêt ce soir pour prendre la route dès notre débarquement. Evidemment, le retard conséquent nous oblige à changer nos plans, dû moins pour les deux premiers jour. Nous devrons alors nous arrêter quelque part sur la route en direction de Tataouine pour passer notre première nuit tunisienne.
en pleine Méditerranée sur le ferry pour TunisLe commandant de bord m'indique que nous n'arriverons pas avant 21h00 ce soir, ce qui nous laisse encore du temps pour profiter des infrastructures du bateau, après une longue sieste. Débarqués dans un vacarme de klaxons générés par les touristes impatients de retrouver la terre ferme, nous voilà à Tunis. Encore un dernier contrôle douanier et nous sommes livrés à nous-même. Notre première mission sera de trouver une station service pour faire le plein. La bonne surprise est le prix du gasoil, qui est trois fois inférieur à celui que nous connaissons en France. Comme de nombreux véhicules ayant fait la traversée, nous trouvons ladite station sans problème.
Une fois la remise à zéro des GPS, nous décidons, comme prévu, d'avancer un peu sur notre itinéraire en suivant les indications de ceux-ci en guise d'entraînement. La fatigue nous incite à ne pas continuer trop loin. Après 150 Km d'autoroute très agréable, nous trouvons avec un peu de chance un bel hôtel luxueux à Sousse (un cinq étoiles local, le Abou Nawas) où nous passons la nuit.
Sousse - El Djem - Sfax - Gabes - Medenine - Tataouine
Une voix douce me réveille avec l'accent du pays : "c'est huit heures". Réveil un peu brutal, compte tenu de la courte nuit passée, mais petit déjeuner copieux et revigorant au beau milieu de dizaines de touristes venus vraisemblablement en cure de thalassothérapie pour la semaine. Notre route doit continuer, cap sur Tataouine en passant par quelques villes et villages connus pour avoir marqué l'histoire du pays.
![]()
l'hôtel Abou Nawas à Sousse, et sa plage paradisiaqueLa route est longue jusqu'à Tataouine, mais nous profiterons tout de même de quelques pauses culturelles, parmi lesquelles le village d'El Djem, où se trouve le troisième plus grand théâtre romain du monde. Une merveille d'architecture très bien conservée. Ah, ces romains...
![]()
El Djem : porte traditionnelle, et vue extérieure du 3ème plus grand théâtre romain au mondeLa conduite s'avère quelquefois dangereuse, en raison des nombreux imprévus et pièges qui peuvent survenir à chaque instant. A se demander s'il existe réellement un code de la route. Il faut être alors très vigilant mais les quelques séjours passés dans divers pays arabes ces dernières années nous confèrent une certaine habitude. D'ailleurs, Christophe et moi nous prenons facilement au jeu. Sur les grandes lignes droites de bitumes couvertes par une fine couche de sable déposée là par un vent violent venant du désert, nous atteignons des vitesses inavouables, et tour à tour nous disparaissons dans un nuage de sable, ce sable même qui semble rendre le ciel jauni. C'est un peu étrange.
vente d'essence au bord des routesTout au long de la route, des marchands ambulants vendent de tout, de l'essence en bidons jusqu'aux fruits ou autres boissons "fraîches".
Dans les villages traversés, les moutons fraîchement décapités pendent en plein soleil tout près des barbecues, tandis que d'autres attendent leur tour. Une vision un peu cruelle à nos yeux, petits européens que nous sommes.
Etonnés aussi nous sommes par le grand nombre de policiers effectuant des contrôles, pratiquement à chaque carrefour. Ils sont extrêmement sympathiques, si on en juge par les gestes amicaux qu'ils font à notre passage, semblant nous souhaiter la bienvenue dans le pays. En fait, c'est une réalité.
Tataouine se profile à l'horizon, en témoignent les premiers reliefs visibles de loin aux portes du désert. C'est au Syndicat d'Initiative Touristique que nous devons retirer nos autorisations de circuler dans le grand sud. En effet, si nous n'en avions pas fait la demande un mois avant de partir, nous ne pourrions alors pas continuer plus au sud, alors qu'il s'agit précisément du but même de notre voyage. J'appelle donc son président, Monsieur Ali Béchir, qui a eu la gentillesse de me communiquer son numéro de téléphone mobile personnel. Nous convenons alors d'un rendez-vous demain matin dès la première heure pour la délivrance de cette autorisation qui n'est autre qu'un permis de circuler.
C'est une bonne chose de faite, puisqu'à partir de cet instant nous pouvons alors nous réjouir de pouvoir pénétrer dans le désert, le vrai, les grandes dunes de sable que nous imaginons depuis longtemps, et dans lesquelles nous n'avions pas osé espérer rouler un jour, qui plus est avec nos propres véhicules. Il s'agit là d'un plaisir supplémentaire. Ceci n'est peut-être que théorique, puisqu'au même titre que la montagne ou la mer, le désert nous réservera certainement de mauvaises surprises, et il nous le fera savoir assez tôt. La nature, les éléments dictent leur loi à l'homme et non le contraire. Assez philosophé, nous devons nous poser à l'hôtel Sangho, l'un des plus connus de la région, situé au pied de la montagne. Un endroit charmant. On apprend par exemple que toute l'organisation du Rallye de Tunisie y fait étape chaque année.
Hôtel Sangho, à TataouineLa journée se terminera par le remplissage des huit jerricans de gasoil. Nous faisons naturellement le plein des véhicules. En tout, nous disposons chacun de 150 litres de carburant, ce qui devrait nous donner une autonomie suffisante pour les trois ou quatre jours qui vont suivre. En effet, nous quitterons là la civilisation. La boucle dans le Grand Sud ne sera pas une partie de plaisir pour le véhicule, et je me mets alors à penser qu'il va subir les pires contraintes du terrain. Il s'agit de bien fixer tout cela solidement sur la galerie. Ensuite, nous verrons bien...in shallah... Nous avons voulu l'aventure, nous la trouverons, je pense.
Tataouine - Remada - Tiaret - Bir Pistor
Comme convenu, nous avons rendez-vous ce matin avec Ali Béchir, qui nous délivre les autorisations nécessaires pour les différents contrôles de police le long de notre parcours dans le sud : Remada et el Kanbout seront les premiers postes. Sans cette autorisation, il est interdit de s'aventurer plus au sud. Cette zone est déclarée territoire militaire depuis le protectorat français. Contrairement à ce que certaines agences de voyages prétendent, Tataouine est le seul gouvernorat habilité à délivrer ces autorisations par son Syndicat d'Initiative. Les agences qui proposent des autorisations moyennant finance veulent en fait s'enrichir sur le dos de celui-ci.
Documents en main, et GPS bien réglé, c'est donc parti pour les premiers kilomètres de piste qui sont très roulants au début. Petit à petit le paysage change, devient désertique, et ne laisse apparaître qu'une immensité de sable et d'herbes à chameau partout autour de nous. Tout en roulant, nous prenons quelques photos et tournons quelques séquences vidéo pour immortaliser ces instants privilégiés.
le dromadaire, un symbole du désertLa piste, inlassablement rectiligne, nous indique le sud. L'alternance de cailloux et de bancs de sable rompt la monotonie. Le pire pour la mécanique est la tôle ondulée, genre de petites vaguelettes créées par la répétition des passages des véhicules. La voiture se met alors à vibrer et nous devons alors trouver la vitesse la mieux adaptée pour éviter le pire. Malgré tous nos efforts, il s'avère utile de s'arrêter de temps en temps pour resserrer les sangles qui tiennent solidement nos bagages et tout notre outillage et matériel de secours.
Même la galerie avec les quatre jerricans pleines et les plaques de désensablage solidement arrimées manque de s'arracher et ainsi de passer par-dessus le capot. Il suffirait d'un freinage ou d'un saut, à plus de 100 Km/h sur certaines portions de pistes, pour que l'ensemble se voit conférer une inertie considérable avec ses 90 Kg bien pesés.
Quand même, à force de jouer au chat et à la souris entre nous, les quelques cailloux soulevés parfois par les roues des véhicules ont eu raison du pare-brise de Christophe, qui a commencé à se fendre dans un angle. Ainsi fragilisé, croisons les doigts pour qu'il tienne jusqu'au bout sans se casser au reste.
![]()
un palmier bien seul...Nous croisons un troupeau de dromadaires, au moins une centaine. L'image qu'il nous faut, évidemment. Nous ne concevons pas le désert sans voir cet animal, qui le symbolise si bien à lui tout seul.
Les belles images, sous formes de clichés "carte postale", se succèdent et nous emplissent de bonheur à chaque instant. Savourons cette liberté, ce privilège, si chers dans notre vie de tous les jours.
Le plaisir de rouler dans cette immensité désertique est intense, inexplicable même. Sans doute sommes-nous un peu conditionnés par certaines images de rallye-raid, et impatients de pouvoir imiter ces pilotes, qui dans de longues traînées de poussière, se laissent aller sur la pédale d'accélérateur. Nos amortisseurs respectifs, neufs, sont résolument exceptionnels. L'investissement est rentable, il s'agit là d'un élément de confort et de sécurité non négligeable. D'ailleurs, je conseillerais a tous ceux qui veulent tenter ce genre d'aventure de ne pas hésiter à les changer. Ca vaut la peine, le plaisir est au rendez-vous.
Le fait de rouler vite augmente nettement le confort sur ce type de terrain. Nous avons essayé toutes les allures et nous pouvons oublier le petit 60 Km/h qui nous secoue comme un prunier. En même temps, la longueur de l'étape nous oblige à mettre les gaz un minimum pour arriver à Bordj El Khadra avant la nuit, à l'extrême sud de la Tunisie.
la mécanique est soumise à rude épreuve sur les pistesA ce moment, nous sommes les seuls touristes qui soient passés ici depuis trois jours, nous a-t-on dit aux différents postes de contrôle, et en particulier celui qui se situe quasiment à la frontière de la Libye. Nous sommes mis en garde de ne pas passer la frontière, même par erreur. Il est vrai que rien ne l'indique visuellement, nous devons juste faire attention à notre route. Le GPS, s'il ne nous ment pas, ne doit pas nous échapper des yeux un seul instant.
C'est un sentiment étrange de savoir que nous sommes les seuls touristes dans un rayon de 100 km, et peut-être même plus. Personne ne sait précisément où nous sommes, à part bien sûr le satellite, mais lui, il ne parle pas.
notre premier coucher de soleil dans le désertAprès un dernier poste de contrôle à Tiaret (six au total), les véhicules chargés d'un plein de carburant venant directement de la station de pompage SP3, nous approchons de l'extrême sud en suivant un long oléoduc. A pleine vitesse, nous franchissons les bancs de sable qui recouvrent la piste de plus en plus, pour s'égarer parfois sur un chemin parallèle ou carrément dans le sable en slalomant entre les rares touffes herbeuses.
Le coucher du soleil nous indique que nous n'arriverons pas exactement à Bordj et Khadra ce soir, préférant planter le bivouac en bordure de route. Nous choisissons un endroit dégagé, au pied d'une petite dune, en alignant les 4x4 face-à-face pour tenter d'atténuer le léger vent qui commence à se lever. Les coordonnées du point sont 30° 25,28 N et 9° 52,5 E à partir de la piste.
Ici, que du sable, comme de la farine, d'une finesse étonnante. Nous trouvons toute de même quelques brindilles pour allumer un petit feu, histoire d'ajouter un peu de magie à ces moments. Le ciel est bien dégagé, il est 21h00 et la température commence à chuter sérieusement. Sous les étoiles et la quasi-pleine lune qui semblent nous narguer, nous nous endormons sous la tente, dans tout le calme et la sérénité imposés par la situation.
Bir Pistor - dunes du grand Erg - Tiaret
Je me lève en même temps que le soleil ce matin pour faire un petit feu. La nuit est fraîche et il vaut mieux avoir un sac de couchage bien isolé. Tandis que je répare ma galerie et la prise de l'allume-cigare qui a fondu en raison d'une surcharge, Christophe et Rose s'occupent de défaire le bivouac.
notre premier bivouac dans le désertNous prenons le temps d'apprécier encore le fait de se trouver en plein désert, sans aucun bruit, pendant notre petit déjeuner. Instant royal, avec la chaleur du soleil qui commence à nous effleurer la peau.
En fait notre lieu de bivouac n'est pas celui que nous avions prévu initialement, voulant plutôt s'arrêter avant la tombée de la nuit.
sur la piste en allant vers Bordj el KhadraC'est parti, Nous n'avons pas fait 200 mètres que nous connaissons notre premier ensablement. Erreur de jeunesse sans doute ! La voiture patine et s'enfonce dans le sable. Il est donc impossible de bouger. Le but du jeu est de sortir le véhicule à l'aide de plaques spéciales en aluminium, sur lesquelles il peut monter et ainsi se dégager avec l'adhérence. Mais avant, chacun doit participer à enlever le sable sous la voiture, et ceci avec une pelle ou à défaut avec les mains directement. Nous devons donc nous familiariser avec la technique, mais pour trouver la mieux adaptée il nous faut quelque expérience, que nous acquerrons j'en suis certain. Nous avons embarqué au total quatre plaques et deux pelles à neige, qui vont très bien dans ce type d'exercice.
Déjà, dans cette aventure, nous versons quelques gouttes de sueur qui ne seront pas les dernières. La piste rejointe, nous dégonflons immédiatement les pneus pour porter leur pression à 1 Kg chacun. Il ne faut pas plus de pression dans le sable, la portance est nettement meilleure. Ma faible expérience m'avait déjà permis de le constater.
Ce que nous attendions avec impatience est enfin là. La piste se transforme peu à peu en gigantesque bac à sable rectiligne. Nous atteignons Bir Pistor, visible de loin, où les ruines des anciens postes de contrôles françaises sont encore sorties de terre.
les deux rois des pistes tunisiennes, près de Bir PistorPendant notre préparation nous avions noté la présence de nombreuses roses des sables à 7 Km de là, plein est. Sur un lit de terre asséchée qu'on appelle Chott, tout proche de la frontière libyenne, nous faisons cap sur cet endroit. C'est magnifique, comme si nous planions sur un lac salé à perte de vue, tout en faisant attention de ne pas passer en Libye par erreur. Notre détour est récompensé, les roses des sables sont fidèles au rendez-vous. Il n'y a qu'à les "cueillir", ou plutôt les déterrer de leur concrétions naturelles, d'où elles se forment.
![]()
une rose des sables à l'état sauvage, et une multitude d'autres, à sortir de terreQuelques 10 Km plus loin en continuant la piste formée d'alternance de tôle ondulée et de passages largement ensablés, nous notons les coordonnées GPS de notre position actuelle à partir de laquelle nous quittons la piste et ainsi nous enfonçons dans le Grand Erg, les fameuses dunes de sables géantes que nous apercevons au loin depuis ce matin. Changement de cap, donc, et route en direction d'El Borma au lieu de descendre jusqu'à Bordj el Khadra d'où nous avions prévu le départ de notre étape.
Ici, plus de piste, seulement du sable avec les grandes dunes qui se rapprochent. Ca fait peur, mais nous sommes tellement animés par l'envie de connaître cette sensation que nous avançons en refusant le moindre doute. Notre jeunesse nous fait tout d'abord connaître plusieurs ensablement successifs dès que nous abordons les premiers reliefs. Le sable devient de plus en plus mou, nous devons toujours garder une réserver de motricité pour ne pas s'arrêter et ainsi se planter bêtement. On sent que le moteur force de temps en temps. Plus le relief s'accentue, plus il est difficile de se concentrer pour anticiper sur la meilleure trajectoire tout en gardant le bon régime moteur. C'est très angoissant, mais en même temps très excitant. Le danger est de ne pas sauter la crête d'une dune sans savoir ce que le terrain nous réserve de l'autre côté, et surtout si nous pourrons sortir d'une mauvaise passe.
![]()
![]()
VIDEO
"désensablage"
durée : 10 secondes
cliquez sur l'image
ensablements. On ne s'en sort qu'avec les pelles et les plaques, au prix de quelques efforts...Dans tous les cas ! J'y vais le premier, je me lance, Christophe et Rose suivent mes traces, tous deux aussi angoissés à l'idée de se trouver au milieu d'un ensemble de dunes impossibles à franchir. Le demi-tour est rarement possible, nous connaissons le sentiment étrange de ne pas avoir le droit à l'erreur. Pourtant, il faut bien trouver une passe et sortir de là coûte que coûte.
Christophe s'arrête, un peu forcé, sur une crête. Là, on doit une fois de plus sortir les plaques et les pelles, et sous un soleil de plomb, nous tentons de libérer dans le sable une voie pour en sortir. Nous dépensons vite beaucoup d'énergie, l'effort est très physique par cette chaleur torride, un bon petit 35° je pense. En plus, il n'y a pas un zeste de vent ici. Nous avons embarqué plusieurs dizaines de litres d'eau potable, ce qui dans ce cas de figure n'est pas du luxe.
Quand à moi, j'ai trouvé par bonheur un endroit où m'arrêter sans enfoncer les roues dans le sable, en légère descente, mettant fin à ce rythme infernal.
sur la crête d'une grande duneNous sommes ici loin de tout, après avoir parcouru 15 Km dans le désert avec tout ce que cela implique comme danger. Réfléchissons...On continue, ou pas ? Nous apercevons une grande plaine non loin de là plus au nord, mais pour y aller nous devons encore affronter la deuxième partie de ce gigantesque cordon de dunes. L'engagement est très important, nous pouvons très bien y passer encore un ou deux jours, ou plus encore si nous connaissons encore d'autres galères de ce type. Ca nous paraît difficile. Nous prenons la sage décision de faire demi-tour, chose qui n'est pas facile au point où nous sommes déjà arrivés (coordonnées environ 30° 37 N, 9° 59 E).
Dans notre démarche, nous avons tenté ce passage et l'avons programmé à notre voyage car une organisation de raids 4x4 (Sud Expé) est déjà passée par là, si on en croit leur site internet. Décision prise, donc, nous profitons tout simplement de ce nouveau moment privilégié, où le paysage est grandiose. Laissant les véhicules cuire au soleil, nous allons repérer à pied la meilleure trace pour revenir en arrière, afin de ne pas risquer de nous ensabler encore une fois.
l'équipe du désertNous vidons deux jerricans dans le réservoir, ce qui a pour effet d'alléger le poids sur la galerie, et avec une certaine aisance du pilotage dans le sable, forts d'une expérience encore toute fraîche, nous rejoignons la piste que nous avions quittée en suivant nos anciennes traces.
quelques gouttes de gasoil en plus...Là, nous remettons une pression décente dans les pneumatiques grâce au petit compresseur pour aborder les cailloux et faire cap sur Tiaret au nord où nous voulons aller dormir ce soir, après toutes ces émotions. Changement de programme, pour une nuit que nous pensons à l'avance peut-être plus confortable. Tiaret est un lieu-dit où se trouve l'une des stations de pompage les plus importantes de l'oléoduc qui vient du sud (SP3), où se trouvent quelques baraques surtout utilisées par les employés de la TRAPSA, société pétrolière qui gère le site.
la lumière rasante du soir sur les dunesLa route est encore longue, et avec le temps perdu nous n'arriverons qu'à la nuit, accueillis par le responsable du site, Mohammed, qui nous offre un généreux repas, content de voir du monde. Nous bavarderons un long moment avec lui et l'un de ses employés, apprenant beaucoup de leurs conditions de vie, mais aussi de la vie des tunisiens en général.
Nous nous remémorons la journée passée et tous les moment forts que nous avons vécu. Ils représentent presque à eux-mêmes le but de notre voyage. Certes, nous avions prévu de déboucher au nord et continuer jusqu'à El Borma, mais il faut beaucoup plus de temps qu'il n'y parait, même avec un équipement adéquat. Le désert ne s'apprivoise pas, tout comme les autres éléments d'ailleurs.
on dirait un vrai !
Tiaret - El Sabeur - Larich - Mguirinet el Khaned
Ce matin, Mohammed nous supplie de venir avec lui pour nous faire visiter les installations de la station de pompage. C'est une personne très attachante avec qui nous sympathisons au point qu'il veut nous inviter à passer du temps dans sa famille, ce que nous ne devons ni ne pouvons pas honorer sur le champ malheureusement.
Il est temps de partir, après cette visite très instructive où nous avons vu tous les efforts faits par les français il y a une vingtaine d'années. Toutes les installations, et en particulier le salle de contrôle, fonctionnent avec le matériel de l'époque avec une fiabilité à toute épreuve.
Notre changement de plan nous conduit vers la décision de rallier Bir Aouine en fin de journée, beaucoup plus au nord. Pour cela, nous devons suivre le pipeline et emprunter une piste très peu fréquentée plus à l'ouest que celle que nous avions prise pour descendre, tout en reprenant l'oléoduc qui vient d'El Borma. D'interminables kilomètres dans les roues, nous bifurquons alors sur une piste plus petite, en suivant une nouvelle route GPS que nous avons dû recalculer.
trouvez l'erreur !Non, ce n'est pas un mirage : trois gazelles ont surgi devant moi en traversant à toute allure. Un spectacle de toute beauté. Impossible de les suivre, malgré une tentative de sortie de piste. Même pas une photo, elles ont disparu comme elles sont venues. Cette image reste malgré tout gravée dans ma mémoire.
Puis, un problème de navigation nous fait faire fausse route, le prochain point se dessine derrière nous. Nous nous écartons de notre route. Pour le retrouver, nous devons soudain couper à travers le reg (désert de cailloux et d'herbes à chameau), en suivant la direction d'In Sabeur à l'azimut. Là, pas de piste bien sûr, tout droit dans le terrain à grande vitesse, mais c'est un vrai plaisir. C'est agréable de se tromper parfois, et de laisser alors place au côté aléatoire au prix d'un certain risque parfois. En alternance, des passages formés par des dunettes de sable jaune, nous réjouissent au niveau du pilotage car nous devons un peu "jardiner" en slalomant pour trouver le meilleur itinéraire une fois de plus.
![]()
VIDEO
"jardinage dans les dunettes"
durée : 49 secondes
cliquez sur l'image
In Sabeur est en vue. Toujours pas de piste mais le cap est maintenant visible. Un ancien fort français au beau milieu d'une petite oasis où l'eau est affleurante, et pourtant inexploitée. Nous profiterons de ce moment de fraîcheur relative pour notre pause déjeuner, à l'ombre d'un des rares eucalyptus se trouvant là. Un régal de tranquillité. Quelques hirondelles ou autres oiseaux inconnus nous nargueront en tournoyant au dessus de nous.
Nous changeons nos filtres à air, tous deux gorgés de la poussière avalée ces derniers jours, avant de retrouver la piste qui semble se dessiner en direction de Larich, station pétrolière visible de loin tant le terrain est plat à perte de vue.
En chemin, nous faisons une étrange rencontre avec un véhicule abandonné qui a sans doute brûlé lors d'une des dernières éditions du Rallye de Tunisie.
le pipeline (oléoduc) d'El BormaLa carte nous indique que nous devons emprunter une piste parallèle au pipeline qui remonte d'El Borma pour rejoindre notre itinéraire prévu, mais après plusieurs tentatives, nous n'y parvenons pas en raison du grand nombre et de la taille des dunes qui ornent soudain le paysage. Il est vrai que nous nous rapprochons du Grand Erg de plus en plus par le côté est. La carte ne le montre pas, sans doute trop vieille. Nous perdons alors beaucoup de temps et devons une fois de plus revenir sur nos pas, le passage n'étant pas possible ou représentant un risque trop important.
![]()
les dunes à perte de vue, le relief est mis en valeur grâce aux rayons du soleil rasantsLa nuit tombe doucement, alors que nous avons eu le malheur de décider de couper pour gagner du temps. Mal nous en a pris : non seulement nous avançons à une moyenne de 20 Km/h en slalomant entre la végétation, mais nous avons perdu notre position. L'angoisse vient avec la nuit, avec l'incertitude de retrouver une piste dans un temps raisonnable.
Il faut s'arrêter, et pointer une destination précise sur la carte que nous reportons sur le GPS : la piste la plus proche se trouve à 5 Km si nous allons à l'est. Les phares éclairent la dune suivante, les véhicules oscillent inlassablement à chacune d'entre elles avant que je m'ensable un fois de plus. La fatigue, plus la nuit et le manque de concentration sont sans doute responsables de mon erreur. Christophe soulève l'idée de planter de bivouac ici, idée que je réfute car selon notre navigation nous ne nous trouvons qu'à 80 mètres de la piste visée. On sort alors les plaques, et à la lumière de nos lampes frontales, nous dégageons le sable pour sortir le Pajero sans mal. Un repérage à pied nous conforte dans la présence de la piste, que nous atteignons sans tarder pour finalement trouver un endroit de bivouac sympa, au pied d'un petit ensemble de dunes, tout proche d'un ancien aéroport. Tant pis pour Bir Aouine, qui était à l'origine notre destination prévue.
Le vent se lève, et nous avons toutes les peines du monde à monter la tente. Malgré tout, nous sommes très motivés par la qualité de l'emplacement trouvé, surtout de nuit, qui efface quelque peu les angoisses vécues.
bivouac à Mguirinet el KhanedRose nous prépare un excellent repas réparateur qui nous fera passer une nuit paisible et confortable, emmitouflés dans nos duvets respectifs.
Mguirinet el Khaned - Ksar Ghilane
Ce matin nous avons la visite inattendue de deux bergers azérites ayant probablement traversé la frontière algérienne il y a quelques jours avec leurs dromadaires et leurs chèvres. Sans doute curieux de notre présence en ces lieux, ils sont venus nous trouver pour tenter de communiquer et ainsi nous demander si nous avions quelque chose à leur donner. Christophe et moi, devant la pauvreté qu'ils nous inspirent, leur donnons deux de nos paires de chaussures ainsi qu'un pantalon. Satisfaits de leur rendre ce service, si précieux à leurs yeux, nous tendons d'entamer le dialogue avec des gestes et quelques bribes de langage, malgré nos différences de culture qui semblent se différencier de plusieurs années-lumière.
une heureuse rencontre avec des bergers AzéridesLes voyant amusés par nos dromadaires mécaniques, je fais faire un tour de 4x4 dans les dunes environnantes à l'un d'entre eux. Sans doute est-ce le premier berger de dromadaires au monde à connaître ça ! Apparemment, il en est ravi, se demandant un peu ce qu'il lui arrive. Ils repartent un peu plus tard, nous laissant à nos activités, avec notre technologie dont ils semblent ne rien vouloir apprendre.
Nous plions bagages et faisons route vers le nord, toujours en suivant l'oléoduc de la TRAPSA par la grande piste. Nous croisons de temps à autre de rares véhicules et, permis ceux-ci, deux engins de travaux s'affairant à entretenir la voie. C'est grâce à eux que nous pouvons rouler ici, finalement. Nous nous arrêtons pour bavarder quelques minutes autour d'un thé, chauffé à même la braise directement sur le sable, qu'ils nous offrent généreusement. C'est du thé de chantier, nous disent-il.
à fond sur les grandes pistesLa piste de bonne qualité nous permet des pointes de vitesse de plus de 120 Km/H qui nous permettent d'apprendre à maîtriser les départs de glissades dans les cailloux et la poussière qu'elles génèrent. Les amortisseurs avalent les imperfections du terrain avec facilité et nous procurent un confort inattendu à cette vitesse mais aussi beaucoup de plaisir au niveau du pilotage.
grande piste à perte de vuePlus loin, nous croisons un "troupeau" de 4x4 espagnols partis à la conquête du sud. Ils n'ont pas l'air rassurés, un peu inquiets même. La conversation se limite alors à quelques mots avec eux.
Puis nous apercevons se dessiner l'oasis de Ksar Ghilane, en approchant lentement dans de petites pistes très sablonneuses dans un chaos permanent. A l'ouest les immenses cordons de dunes représentent le théâtre de nombreuses excursions pour les touristes ayant la chance de venir jusqu'ici. Nous abordons ce paradis de fraîcheur par la porte sud.
oasis de Ksar GhilaneKsar Ghilane sera notre étape du jour, peuplée de nombreux palmiers dattiers qui prolifèrent un peu partout. Enfin, une autre image du désert, qui fait un peu cliché certes, mais qui représente ce que nous attendions ici, où nous allons passer la nuit sous des tentes typiques berbères, juste abrités des rayons lunaires par une toile tendue entre des piquets de bois. Un petit retour à la civilisation ne nous fait pas de mal.
Nous oublions Bir Aouine, qui nous aurait fait faire un aller-retour de 160 Km, peut-être pour ne rien voir d'intéressant, préférant profiter d'un peu plus de temps libre.
Ksar Ghilane est née de l'exploitation par les français d'un puits, en 1961. Depuis, les nombreuses cultures avec leurs canaux d'irrigation prouvent un développement actif. Si l'on ne fait rien, l'oasis meure, ensevelie par les dunes qui avancent au gré des tempêtes et vents de sable courants à cette époque de l'année.
Tout de suite, nous choisissons un campement pour nous installer. Le Ghilane nous parait conforme à nos attentes, le plus traditionnel en tous les cas. Nous aurions pu nous orienter sur le campement luxueux, avec ses tentes climatisées mais notre conception du luxe est certainement différente, surtout après avoir passé quelques jours dans le désert. Nous laisserons ce style d'hébergement aux touristes envoyés par les nombreuses agences de voyage qui proposent cette destination comme un extra aux séjours sur l'île de Djerba.
Néanmoins, pour un touriste qui a l'habitude de passer ses vacances au bord de la mer, qui plus est dans un hôtel quatre étoiles, la démarche de venir passer un jour ici est un pas franchi. C'est un plus. Pour nous ce n'est qu'une étape, après quoi nous auront naturellement envie de retourner dans le désert.
![]()
campement berbère et repas traditionnels (Ksar Ghilane)Abrité sous les feuilles de palmier séchées d'une terrasse, un petit repas traditionnel composé de couscous avec une salade tunisienne et quelques brochettes viendra à bout de notre faim, arrosé d'un vin rosé local bien frais.
![]()
fillette de Ksar Ghilane, station service "chez Ali". On remarquera l'orthographe "à la tunisienne"Nous profitons de notre temps libre pour programmer en fin de journée une balade à dos de dromadaire, prétexte pour aller visiter les restes d'un fort construit par les romains. Deux heures fabuleuses, toute en scrutant un panorama sublime sur toutes les dunes au nord-est, le soleil se cachant petit à petit, laissant s'accentuer le relief par sa lumière rasante. En attendant, nous essayons de négocier le prix du carburant chez Ali, station-service locale, pour faire le plein de nos dromadaires à nous.
![]()
balade à dos de dromadaire au coucher du soleil, vue de l'oasis depuis le fort (Ksar Ghilane)Le soir venu, nous aurons une longue discussion avec le patron du camp, M. Belgacem, qui veut promouvoir une sorte de tourisme traditionnel autour de Ksar Ghilane, en proposant par exemple des séjours complets où 4x4, hôtel de luxe, balade en dromadaire, bivouacs sous tentes berbères et dans le désert se succèderaient. Il compte bien sur notre aide, avec internet, pour y parvenir. Nous verrons celà, nous le lui souhaitons vivement.
Ksar Ghilane - Douz - Nefta - Tozeur
Réveillés assez tôt par le fort vent de sable qui s'est levé, nous avons rendez-vous ce matin avec l'oncle du nanager du camp, Nasser, qui nous montre en direct comment on réalise le fameux pain de sable dont nous avions entendu parler. Instant privilégié une fois de plus. Nous essaierons de retenir la recette de ce délice qui nous est offert pour la circonstance.
pain de sable, une spécialité locale (Ksar Ghilane)Nasser monte dans la voiture en tant que passager, en vrai guide qu'il est, et nous faisons cap sur Douz pour le reconduire dans sa famille, de laquelle il s'était séparé quelques jours. Nous devions alors emprunter la piste qui passe dans les dunes, mais en raison du vent il est plus sage de la contourner au prix de quelques dizaines de kilomètres supplémentaires. Dommage pour ce changement d'itinéraire, il représentait l'un des temps forts de cette journée, en particulier par le fait de couper à l'azimut en dehors de toute piste. Nous ne voulons même pas imaginer le passage de "La Porte", ou Al Bibène, réputé difficile en temps normal. Le vent de sable, impressionnant, ne nous garantit même pas une visibilité à 20 mètres. Plus tard on apprendra que plusieurs personnes y ont déjà trouvé la mort.
![]()
repas traditionnel tunisienLongue route jusqu'à Douz, donc, guidé par Nasser dans sa maison. Nous nous installons comme les invités les plus précieux, sans nous douter un seul instant qu'on est en train de nous préparer un nouveau repas traditionnel que nous apprécierons à sa juste valeur. Nous avons même la visite du voisin, venu en curieux dans le but de nous connaître un peu mieux en échangeant avec nous quelques propos intéressants relatifs à la culture et aux différences entre la France et la Tunisie.
L'accueil est vraiment touchant. Nasser nous présente toute sa famille avec insistance. Malgré cela nous devons continuer vers notre destination prévue, Tozeur. Il est déjà 15h30. Il est parfois difficile de jongler entre le fait d'apprécier l'instant présent et de respecter notre planning de route, rendant nos différentes rencontres résolument éphémères.
attention : traversée de dromadairesLa ligne de Douz à Tozeur est toute droite, mais il faudrait passer la la route, ce qui ne nous intéresse pas vraiment. Préférant contourner le Chott el Jerid par le sud, nous sautons de villages en villages en suivant au maximum une route GPS calculée au dernier moment, en tentant de ne pas s'en écarter trop. Le vent de sable commence à recouvrir la route par endroits, et gêne notre concentration si bien que nous allons trop loin à l'ouest par rapport au tracé prévu, tout proche de la frontière algérienne.
Route arrière pour retrouver le départ de la piste, qui d'après nos instruments se situe juste en face d'un poste de garde nationale. Les conditions sont difficiles car la visibilité réduite. Nous préférons alors demander conseil aux gardes nationaux qui se font un plaisir de nous ouvrir la route sachant que nous sommes surveillés par les satellites. Sans système de navigation, il aurait été impossible de trouver et d'emprunter cette piste tracée toute droite dans le Chott en direction de Nefta, et de toute façon ils nous l'auraient interdite.
tempête de vent de sable
C'est donc escortés sur sept ou huit kilomètres que nous nous engageons dans cette voie, pour rencontrer deux motards autrichiens qui semblent être perdus dans le néant. La direction de Nefta se précise en changeant de piste, nous nous dirigions trop à l'ouest depuis 15 Km. Des bruits suspects sur le toit du Pajero m'inquiètent. Je dois descendre et mettre une nouvelle sangle pour fixer solidement les plaques à sable, remplaçant l'ancienne qui s'était sectionnée au rythme des milliers de vibrations engendrées par le terrain difficile de ces derniers jours.
Peu à peu, la piste se transforme en terre, sous forme de croûte, et nous devons redoubler de concentration pour rester sur les traces, sans quoi nous risquons de nous enfoncer définitivement dans cet amas de terre collante à la croûte de sel. Nous sommes bel et bien dans le Chott el Jerid, connu pour sa traversée difficile.
L'immensité du paysage, la nuit tombant, et l'interdiction de sortir de l'unique trace sont autant de paramètres qui nous angoissent, et le silence radio s'installe automatiquement entre nous, préférant nous concentrer sur le terrain. Je tiens le volant très fort, à deux mains, pendant les 15 derniers kilomètres qui nous restent pour arriver jusqu'à Nefta. Les nombreuses traces visibles à côté de la trace principale prouvent une certain nombre de problèmes qu'ont dû connaître d'autres véhicules avant nous. On peut même lire sur certains guides écrits que des touristes ont abandonné leur véhicule ici, impuissants devant leur disparition sous la croûte boueuse qui les avalaient lentement. Evidemment, cette image en tête nous oblige à faire très attention où nous mettons les roues, tout en gardant une vitesse suffisante, environ 80 Km/h.
L'arrivée à Nefta est un véritable soulagement pour tous. Ensuite, il ne nous reste plus qu'à joindre Tozeur où nous trouverons sans peine, à l'aide du Guide du Routard, un hôtel luxueux et confortable pour nous remettre de nos émotions. Plus tard, il nous sera facile de nous installer dans le salon autour d'un café pour évoquer les émotions du jour, avant notre dernière étape de demain qui sera la dernière.
Tozeur - Gafsa - Kairouan - Hammamet - Tunis
Aujourd'hui, de la route, toujours de la route, et encore de la route...mais les quelques 400 kilomètres que séparent Tozeur de Tunis ne nous font pas peur, d'autant plus que nous sommes reliés entre les deux véhicules par une radio VHF qui nous permet d'établir un contact permanent, tout en restant concentrés sur la route. Malgré tout, le vent de sable toujours présent a redoublé d'intensité si bien que nous ferons les 50 premiers kilomètres au ralenti, ne voyant même pas distinctement le véhicule qui se trouve devant nous. Le ciel rend une atmosphère étrange, tout semble être jaune, pire que dans le plus épais des brouillards que nous connaissons dans nos pays.
La route, envahie par des congères de sable qui avancent au gré des rafales, nous surprend à chaque instant. Heureusement, le temps se dégage un peu, nous laissant une visibilité correcte pour continuer dans les temps.
la grande mosquée de KairouanDommage que nous n'ayons pas plus de temps pour visiter Kairouan connue pour être l'une des villes islamiques les plus fortes au monde. Nous avions prévu de nous arrêter et dormir à Hammamet ce soir, mais le relatif mauvais temps rend la mer inintéressante. Par conséquent nous poursuivons jusqu'à Tunis, d'où nous partirons demain pour notre vogage-retour en France.
![]()
Tunis : dans la célèbre avenue Bourguiba. La Porte de France, donnant l'accès à la médina.L'arrivée dans la capitale en fin d'après-midi nous laisse le temps d'aller flâner à la medina, où d'innombrables boutiques étalent leur marchandises dans de petites ruelles. Nous réapprenons l'art de discuter les prix pour quelques souvenirs (poteries, plats). A ce sujet, mon expérience du Maroc me fait quelque peu défaut car ici, on ne procède pas de la même manière. Néanmoins nous faisons quelques affaires intéressantes, motivés par la place que nous avons dans nos voitures respectives.
Nous terminons la soirée en beauté dans un restaurant tunisien dont le cadre est magnifique (Restaurant "Andalous", rue de Marseille), où nous dégusterons un délicieux couscous. On ne s'en lasse pas !
Retour Tunis - Marseille - Genève
Après quelques heures d'attente au port de la Goulette, nous embarquons sur le Ferry Liberté affrété par la SNCM pour Marseille.
Marseille : le Château d'IfLà, nous rencontrons en particulier l'organisateur de Sud Expé, en Tunisie pour préparer le prochain raid Matmata dont nous nous sommes inspirés en partie pour planifier notre itinéraire. Ensuite, en faisant leur connaissance, nous nous apercevrons que nous leur avons ouvert la voie dans les dunes du Grand Erg tout au sud, car ils ont suivi nos uniques traces en passant un jour après nous, après quoi ils ont continué pour effectuer leur balisage.
Ce séjour en Tunisie nous a beaucoup appris, tant sur le plan purement mécanique ou même technique en plongeant nos propres véhicules en plein désert et en autonomie complète, que sur le plan humain en découvrant la diversité culturelle tunisienne qui rend ce pays tellement acceuillant et chaleureux.
Aussi, il nous a rappelé que la nature est la plus forte, et que nous sommes bien petits face à ces immensités désertiques. La variété des paysages rencontrés nous ont émerveillé une fois de plus. Nous repartons d'ici avec déjà l'envie d'aller ailleurs, découvrir d'autres sensations dans d'autres pays. Le privilège que nous avons de pouvoir voyager est une chance. Coucher dans le désert dans un silence parfait...c'est ça le vrai luxe.
Hôtel Abou Nawas, Sousse : BP 40, Port El Kantaoui, 4000 Sousse, Téléphone +216 03 40 200, Fax +216 03 40 348
Hotel Abou Nawas, Tozeur : BP 106, Route Touristique, 2200 Tozeur, Téléphone +216 06 453 500, Fax +216 06 452 686
Hotel Sangho, Tataouine, BP 186, Route de Chenini, El Farch, 3200 Tataouine, +216 75 860 124 et fax : +216 75 862 177
Hotel Carlton, Tunis : 31, avenue Bourghiba, Téléphone +216 330 644, Fax +216 338 168, email carlton@planet.tn
Campement Ghilane, sous tentes berbères : Ksar Ghilane, Téléphone/Fax +216 75 471 001
Restaurant "Andalous", spécialités tunisiennes, cadre typique : Tunis, 13 rue de Marseille Tel +216 71 241 750
- Pour la composition des itinéraires et l'histoire du pays : Guide Jacques Gandini - "Pistes du Sud Tunisien". Disponible à Genève chez Offroad Accessoires.
- Cartes de type IGN au 1/200'000ème digitalisées sur CDROM (TUNISIE). Disponibles chez Equip'Raid. L'exploitation de ce type de cartographie nécessite le logiciel Quovadis Touratech, connectable avec la plupart des systèmes de navigation GPS existants. Ce logiciel est disponible ici.
A ma connaissance, et après de nombreuses recherches, aucune carte imprimée assez détaillée n'existe sur le marché. Si vous en trouvez, merci de me le faire savoir.- Carte générale routière de Tunisie
Liens intéressants sur la Tunisie
Raids, pages perso
Autres