$VTT Sicile 2001

VTT du 18 au 26 mai 2001

 
Etna en éruption (juillet 2001) Coulées de lave de l'Etna (juillet 2001) Etna : observatoire vulcanologique (juillet 2001)
images de l'éruption de juillet 2001 : gerbes et coulées de lave en fusion, observatoire vulcanologique

Sommaire

Présentation
Profil des étapes
Récit par étapes avec photos
Contacts
Bonnes adresses
Liens utiles


Présentation

Avec Patrick Vallet, avec qui j'avais participé à un raid VTT dans le Haut-Atlas marocain en 2000 (cliquez ici pour en savoir plus), nous partons à la découverte de la Sicile à VTT, et plus particulièrement dans la région est où se trouvent notament les volcans Etna et Stromboli, qui sont parmi les plus actifs du monde. Tel est alors le fil conducteur de cette escapade sportive, qui permet à Patrick, organisateur de raids VTT et sportifs en tous genres (voir contacts), d'effectuer les premiers repérages afin de conduire un nouveau raid dans cette région en l'ajoutant à son catalogue déjà étoffé.

Philippe, Patrick, Freddy, Yves, et moi-même, ayant tous vécu l'aventure marocaine l'année dernière où nous nous y sommes connus pour la plupart, partons donc pour une semaine, du 18 au 26 mai 2001, avec nos VTT et notre chargement, sans assistance. Notre mission est la découverte des paysages volcaniques et le plaisir de pédaler dans ce décor particulier, basés sur une esquisse de programme que nous nous efforçons de respecter.

Les étapes sont définies comme telles :

La Sicile

Géographie :
Capitale: Palermo (Palerme)
Superficie: 25.708 Km2
Population: 4 907 000 Habitants
La plus grande île de la Méditerranée, située au sud de l'Italie et séparée d'elle par le détroit de Messine. Le tourisme est un facteur important de l'économie du pays : de nombreux touristes visitent les sites historiques, les cathédrales et les ruines grecques (Agrigente, Syracuse, Taormine), et les pentes des volcans.

Climat :
Méditerranéen. Doux , chaud, venteux L'Hivers est ensoleillé et doux avec des nuits fraîches Température. Maxi:18°C. L'été est chaud et agréable Température. Maxi: 30°C

Formalités :
Passeport ou Carte Nationale d'Identité en cours de validité.

Monnaie :
Euro (€)

Langue :
L'Italien est la langue officielle. Le Français est pratiqué dans les hôtels, et commerces des grandes villes.

Infos santé :
Aucun vaccin n'est à ce jour exigé

Office de tourisme :
23, rue de la Paix
75002 PARIS
Fax : +33 1 42 66 03 96

Profil des étapes


cliquer sur les points-étapes pour lire le récit s'y rapportant

Récit par étapes avec photos

vendredi 18 mai 2001

Partis du Jura, nous décollons à 11h30 de Lyon pour Palerme via Milan avec la compagnie Alitalia, avec comme bagages spéciaux nos VTT soigneusement emballés dans un carton ou une housse pour les mieux équipés.

Après un vol quelque peu fatiguant, nous débarquons en Sicile. Une grosse différence de climat se fait sentir instantanément. Il faut dire qu'il ne faisait que 4°C quand nous sommes partis ce matin. Bref, nous sommes dans le bain tout de suite. Le temps de charger nos volumineux bagages dans un bus, nous voilà partis à la recherche de notre hôtel, réservé à l'aide du Guide du Routard. Nous avons vraiment du mal à le trouver dans les rues encombrées de Palerme mais nous y parvenons enfin, après quelques sueurs. Pas de temps à perdre, nous devons être opérationnels demain matin à la première heure. Aussi nous préparons nos montures et laissons quelques affaires inutiles à l'hôtel que nous retrouverons au retour (nous l'espérons, dûmoins)


Préparation des vélos à Palerme devant l'hôtel

On nous a beaucoup parlé de la cuisine italienne et spécialement de celle de la Sicile. Effectivement, nous sommes très agréablement surpris par sa richesse et sa légèreté lors d'un premier repas dans un bon petit restaurant du coin de la rue. Bien entendu, nous goûtons les pastas "al dente" comme ils savent les faire. Autant qu'elles soient bonnes, je crains qu'avec notre programme sportif nous devrions en manger souvent.

samedi 19 mai 2001

Lever tôt comme prévu, nous nous dirigeons vers la gare ferroviaire en empruntant l'une des rues principales. Notre train nous attend pour un transfert à Milazzo, côté nord-est (voir carte). Il est difficile de négocier le chargement des vélos dans le train, chose qui apparemment n'est pas toujours prévue en Italie. Le long du trajet, nous constatons que le bord de mer n'est pas spécialement ravagé par les constructions, à part peut-être pour Cefalù qui est connue pour son Club Med. Il faut dire aussi que les plages ne sont pas très attirantes, en raison de la nature du terrain.

Arrivée à Milazzo. Nous découvrons un petit village de bord de mer sympa. Touristique, parce qu'il est le départ en bateau pour les îles éolinennes. Le décor change déjà et nous nous sentons enfin en vacances. Rien à voir avec St-Tropez mais tant mieux, notre confort n'en sera que meilleur. Avec une excellente adresse en poche, le restaurant U Pignataru où le patron parle bien français, nous allons prendre notre petit déjeuner sur la terrasse, en préparant la suite.


Milazzo, lieu de départ pour les îles éoliennes

Tout s'enchaîne bien. Entre temps nous avons pu retirer les billets pour nous rentre en bateau rapide sur l'île de Stromboli, qui sera notre première véritable escale. Objectif : grimper sur son volcan qui surgit à 1000 m au dessus du niveau de la mer, alors que les deux tiers sont immergés. Après avoir confié nos VTT au patron du restaurant, c'est donc parti pour Stromboli, en passant par Vulcano, Lipari, et Panarea.


Bateau rapide pour les îles Eoliennes. Barque et plage de sable noir (île Stromboli)

L'île de Stromboli n'est quasiment constituée que de son volcan qui forme un beau cône central, le terrain n'est constituée que de lave séchée qui se renouvelle à chaque éruption. Le chemin de lave principal se trouve de l'autre côté du petit village, qui est du coup théoriquement à l'abri. Mais, sait-on jamais. Les gens qui habitent ici peuvent sembler menacés d'une grosse éruption qui pourrait tout anéantir. On notera la présence d'un minuscule îlot au large, appelé Strombolacchi, qui apparaît comme un satellite de l'île principale. Il s'agit d'un rocher qui sort de l'eau d'au moins 100 mètres.


Eglise du village Stromboli. En route, dégustation improvisée de citrons fraîchement cueillis

Partis du centre du village, nous commençons notre progression vers le sommet. Le sentier est bien marqué, dallé même, et nous n'avons aucun mal à nous repérer sans aucun balisage. En chemin, nous dégustons des citrons que nous cueillons nous-même sur l'arbre. Ils viendrons ajouter à notre eau un agréable goût de fraîcheur dont nous avons bien besoin.

Sur les derniers hectomètres, le sentier se montre plus pentu et surtout plus difficile à fouler. Nous avons l'impression de faire un pas en arrière pour deux pas en avant, alors que les boulettes de cendres se dérobent sous nos pieds. Nous rencontrons un amateur averti de volcans, de qui nous apprenons déjà beaucoup sur l'activité du Stromboli. Le volcan se "réveille" toutes les 20 minutes en moyenne, en projetant des laves en dehors de son cratère dans un vacarme qui a tout d'une explosion. Nous constatons en effet ce fait, pendant toute notre montée, en observant la montagne qui se fâche.


Longue montée sur le volcan Stromboli. Ouf...enfin le sommet !

Effectivement, chaque explosion nous anime d'un certain étonnement et en même temps nous fascine. Nous avons tous hâte d'approcher du cratère pour observer ça de plus près. Cette motivation nous fait oublier la difficulté du terrain si bien que nous oublions les 900 mètres de dénivelé que nous avons déjà effectués. Le Stromboli est l'un des rares volcans du globe en activité permanente, et c'est ce qui en fait son attrait, autant sur le plan touristique que scientifique. Haroun Tazieff, célèbre vulcanologue français alors décédé, en a fait l'un de ses préférés.


Eruptions répétées du volcan Stromboli : de jour, et pendant la nuit

Quelle récompense alors. Arrivés au sommet, plus haut que le véritable cratère principal, nous nous asseyons et attendons avec impatience la prochaine explosion. Les jets de lave, blocs de roches incandescentes venus du plus profond de la terre, retombent inlassablement sur les flancs du volcan pour dévaler la pente jusqu'à la mer. Si beaucoup de monde gravit la montagne pour observer le phénomène, peu restent bivouaquer au sommet pour la nuit et donc entament la redescente avant minuit, aux lueurs de leur lampes de poche. Pour notre part, nous voulons ce privilège, et pour cela nous sommes venus avec nos vêtements chauds (polaire, gore-tex, et autre couverture de survie). La nuit là-haut est difficile en raison du froid et du vent, mais nous le savions et étions préparés pour ça.

Plus la nuit tombe plus le spectacle est fantastique.

Il est assez stressant de savoir qu'il a y eu des accidents ou suicides récents qui ont contribués à enrichir l'histoire de ce volcan, mais l'envie et le privilège de notre situation nous fait volontiers prendre le risque de rester, même si nous restons sur nos gardes pendant la nuit. Entre chaque période de légère somnolence, un feu d'artifice naturel nous réveille, en illuminant tout le ciel et en produisant une nuée de cendres qui avec le vent viennent nous chatouiller le visage. N'est-ce pas là ce que nous voulions après tout ?

dimanche 20 mai 2001

Après une "nuit" agitée donc, nous descendons le long d'une ancienne coulée de lave dans du sable volcanique, noir, qui à plusieurs reprises nous emplit les chaussures. En dévalant la pente avec légèreté, nous rejoingnons le village où notre bateau de retour nous attend pour revenir à Milazzo. Nous avons tous en tête cette féerie et la magie qu'un tel volcan peut soulever. Personnellement, l'une des plus belles nuits de ma vie, avec celle passée dans un désert de Jordanie.

Nous retrouvons alors le restaurant où nous avons laissé nos vélos et préparons la suite en prenant un déjeuner bien mérité, et à l'aide des conseils du Patron.

En selle, nous longeons le bord de mer pour une quinzaine de kilomètres, après quoi nous nous enfonçons à l'intérieur des terres en direction de la région de l'Etna par une vallée très ventée. Le chemin sablonneux et la chaleur parfois intense ne nous viennent pas véritablement en aide et nous devons produire un effort démesuré pour avancer avec ce vent de face. Heureusement, en route, nous trouvons quelques orangers pour nous abriter et profiter pour en déguster les fruits. La nature est bien faite, c'est précisément ce qu'il nous faut comme énergie pour repartir.


Une pause qui permet de se délecter d'oranges fraîches

De plus, je suis beaucoup trop chargé sur le dos avec un sac de plus de 10 kg, faute d'avoir prévu un porte-bagage adéquat qui aurait permis de me soulager. De ce fait, des douleurs dorsales apparaissent vite et la route devient un calvaire. Il va falloir que je trouve une solution, sans quoi je dépense la quasi-totalité de mon énergie à lutter contre ce mal.

Avec cet ensemble de difficultés, nous n'atteindrons que le premier col des deux qui étaient prévus dans la journée. C'est sans compter sur une erreur de parcours ajoutée à notre confusion après la lecture de la carte. Il faut dire qu'il nous a été impossible de trouver des cartes de la région suffisamment précises. Nous devons nous contenter d'une carte routière de la Sicile au 1/180 000ème. On est loin des 1/25 000ème de nos cartes de randonnées, l'erreur est alors facile.

Ca se gâte, Freddy casse une jante sans raison apparente, et, hormis le retard occasionné à discuter pour essayer de trouver une solution, nous devons nous rabattre sur Novara di Sicilia, village où nous ferons une étape improvisée. Il serait trop ambitieux de vouloir continuer avec le handicap de Freddy, compte tenu de l'heure tardive et du fait qu'il ne peut plus pédaler dans des conditions de sécurité raisonnables. La jante est arrachée sur une partie de son pourtour, et le freinage est alors interdit. De plus, à tout moment, elle pourrait casser et l'envoyer à la catastrophe.

Cap sur Novara, donc, pour y passer la nuit. Tout le village se met en alerte pour nous loger, les hôtels ou auberges d'agri-tourisme étant complets ou fermés. La pratique est courante mais il nous faudra attendre plus d'une heure pour trouver une chambre chez l'habitant. Maintenant que nous avons de quoi prendre une douche et dormir, nous sommes redevenus sereins et partons avec le patron dans son auberge pour goûter aux délices d'un vrai repas sicilien typique, à la ferme. La formule, agri-tourisme, est très appréciée. Le repas est copieux, plus qu'il n'en faut pour nous combler est prendre assez de forces.

Nous profitons de l'occasion pour cibler l'étape suivante, en fonction de la réparation à effectuer sur le vélo de Freddy, tout en nous dirigeant sur notre prochaine destination, soit Linguaglossa. Notre choix se portera sur Francavilla di Sicilia dans un premier temps.

lundi 21 mai 2001


Novara di Sicilia, charmant village-étape improvisé

Freddy part en bus avec son VTT pour rejoindre ce village, avec en poche l'adresse d'un réparateur de cycles. Patrick, Yves, Philippe et moi-même enfourchons nos "bécanes" en direction du même village. Cinq kilomètres d'une montée agréable terminée par un col. J'ai toujours le sac qui me pèse sur le bas du dos, mais je suis confiant car je sais que nous allons trouver une solution dès que nous nous approcherons d'une petite ville. Il me faut un porte-bagage, en fait.

Arrivés au col, nous effectuons une petite pause avant de descendre sur Francavilla. Philippe et Patrick, devant l'ouverture du paysage, décident d'aller repérer un sentier au lieu de descendre par la route. Yves et moi préférons descendre par la route pour plus de sécurité. Une longue et belle descente de 18 km qui nous réoxygène un sacré coup. Le paysage est magnifique, très floré.


Patrick : quelques blagues en attendant les collègues

Tout le monde se retrouve au village, presque synchronisés après nos séparations respectives. Freddy a trouvé un garagiste, ex-coureur cycliste professionnel, pour lui réparer sa roue provisoirement en attendant la prochaine ville dont il a maintenant l'adresse d'un vendeur de cycles. Après un sympathique repas dans le village où nous profitons pour déguster une fois de plus la généreuse cuisine sicilienne, nous faisons une courte pose avant de repartir, destination Linguaglossa. Là nous sommes enfin sûrs de trouver de quoi réparer. Tout d'abord, une longue montée régulière nous dirige tout droit sur le magnifique village de Castiglione, situé sur un promontoire. Là, nous ferons une petite sieste à la demande de tous. Sans doute que la digestion l'impose...


On entre dans le parc Naturel de l'Etna. Village de Castiglione, très typique.

La suite ne sera que formalité jusqu'à Linguaglossa, où nous trouvons notre bonheur, la priorité absolue : le changement de la jante. La réparation a tenu jusque là mais il est plus sage de changer pour une jante neuve, même de bas de gamme. Là, j'achète un porte-bagage que je peux fixer facilement sur mon VTT, après quelques modifications de fortune. Nous ne sommes pas hébergés à l'hôtel prévu, mais n'avons aucun mal à trouver un logement, à la Villa Fere, où la propriétaire à l'habitude de loger des touristes. Une agréable demeure en sortie de ville, au pied du parc naturel de l'Etna que nous apercevons au loin.

Le soir venu, alors que nous étions déjà couchés, la dame vient nous réveiller pour nous montrer les lueurs rouges qui entourent le sommet du volcan Etna à environ 30 km de là. Il s'agit des coulées de lave qui illuminent le ciel, et qui par une nuit claire sont visibles de très loin. Le phénomène n'est pas très fréquent et vaut la peine d'être observé. Ca promet pour la suite, le spectacle ne pourra être que plus intéressant au fur et à mesure que nous nous en approcherons.

mardi 22 mai 2001


Le typique petit train de l'Etna (Linguaglossa), le terrain lavique fertile favorise une belle végétation

Petit déjeuner copieux sur la terrasse de la villa. Plus léger en raison de la répartition de mes affaires entre le sac à dos et le porte-bagage, je me sens des ailes ce matin dès notre départ. Le programme est simple : se rapprocher le plus possible de la base de l'Etna pour y séjourner et attaquer la montée de la montagne fumante si possible dans la nuit. Ceci pour trois raisons : profiter au maximum de la fraîcheur du matin dans la phase finale de notre ascension, bénéficier de conditions de lumière meilleures pour les observations mais aussi pour les photos, et encore pour éviter la gêne mutuelle des 4x4 spéciaux qui montent les touristes au sommet. Ceux-ci partent tôt le matin de la station de Piana Provenzana, d'où nous partirons également sur les conseils des guides forestiers du parc naturel. Nous leur devons un coup de chapeau. Non seulement ils se sont occupés de faire nos réservations au refuge, maîtrisant l'italien beaucoup plus que nous autres, mais également nous ont donné de précieux conseils de sécurité. Le plus important est qu'ils ne nous aient pas interdit de monter sur le sommet de l'Etna en vélo. Ils doivent certainement nous considérer comme des fous mais ne nous désapprouvent pas.


La seule et unique crevaison...pour Patrick

C'est parti... pendant la montée la riche végétation change au fur et à mesure de l'altitude. Assez vite, nous évoluons dans une magnifique forêt de conifères qui nous fait largement oublier l'effort sous cette chaleur accablante. 20 km d'ascension au milieu de ce décor volcanique grandeur nature, pendant laquelle Patrick connaît une crevaison lente. La réparation est sans souci, il fallait bien que l'un d'entre nous en essuie une ! Sans nous en apercevoir, nous sommes déjà sur les flancs de l'Etna qui, à l'est, descendent jusqu'à la mer où se trouve située Catane.

Nous atteignons donc Piana Provenzana, la célèbre station de ski de l'Etna, située à 1800 mètres d'altitude, après une longue mais régulière montée par la route dont la dernière partie est très difficile, très pentue en fait. Elle oscille entre 15% et 20% de pente moyenne. Il nous faut 4 heures, pauses comprises, pour y arriver. Nous apprécierons la tranquillité et l'accueil chaleureux qui nous est offert dès notre arrivée à l'hôtel-refuge, situé au pied des remontées mécaniques. Après avoir négocié une pension complète afin d'être certains de bien se nourrir et de passer une bonne nuit – elle sera courte ! – nous nous relaxons en prenant pour la première fois notre temps. Tandis que certains vont visiter un ancien petit cratère voisin, d'autres en profitent pour aller repérer le chemin de départ pour le sommet. Utile car nous prévoyons, après délibérations, de partir à 4 heures du matin avec les lampes frontales, comme nous l'avions plus ou moins prévu.

En attendant, le gigantesque volcan nous regarde en nous offrant une vue imprenable. Ce sera pour tout à l'heure. Nous avons tous conscience de la difficulté de cette entreprise. Bien que montagnards, nous ne connaissons pas l'environnement volcanique, et par conséquent nous n'en maîtrisons pas tous ses éléments.

Le soir venu, nous visionnons une video très instructive sur l'histoire de l'Etna qui, complétée par des cartes que nous achèterons, vient enrichir nos connaissances de vulcanologie. Je suis personnellement fasciné par la force de la nature, une fois de plus. Je me mets à penser que nous ne sommes rien et finalement si vulnérables.

mercredi 23 mai 2001


Nous sommes prêts pour la montée à l'Etna (départ de nuit). Lever du soleil pendant la montée

Le réveil sonne, il est 3h30. En moins de 30 minutes nous sommes prêts, équipés de vêtements chauds mais aussi allégés au maximum. Nous laissons nos affaires au refuge. La nuit ajoute quelque chose de spécial à notre "randonnée" qui va permettre de nous élever entre les deux cratères principaux du volcan, tout d'abord à VTT puis à pied pour terminer. Nous laisserons les VTT le plus haut possible, quand le chemin ne sera plus praticable. Nous sommes animés d'une conviction commune : "Si les 4x4 y passent, nous y passerons !". Nous pensons gravir les 1450 mètres de dénivelé en moins de trois heures étant donnée notre fraîcheur du moment. Nous verrons bien.

C'est parti, la pente est très forte dans les premiers hectomètres, mais la nuit aidant, nous ne nous en rendons pas vraiment compte.

Le jour se lève peu à peu en dévoilant la palette de couleurs des différentes coulées de lave qui ont nappé les pentes du volcan au cours des éruptions passées. Pas moins de trois heures plus tard, à 3000 mètres d'altitude, les efforts se paient cher mais l'envie d'arriver au sommet est la plus forte, même si nous nous trompons de direction en prenant un chemin différent qui permet néanmoins d'aller vérifier qu'il n'y aie pas d'activité visible du côté de l'observatoire vulcanologique.


Patrick tente de rester sur le vélo. Retour de Philippe, Freddy et Yves depuis l'observatoire vulcanologique

Plus de chemin. Nous laissons là les VTT, cadenassés. Nous nous habillons chaudement et, tout en poursuivant notre progression à pied vers les sommets, nous commençons à voir les fumées qui sortent des cratères. Ca relève de l'escalade, les cendres se dérobent sous nos pieds. Le terrain est peu stable, et aussi très coupant. Nous sommes en plein dans les coulées de laves récentes, qui datent de quelques années seulement.


Nous laissons les VTT à 3050 m pour continuer l'ascension à pied. Fumées du cratère Bocca Nuova

Enfin, nous parvenons sur le bord du dernier cratère né, la Bocca Nuova, à 3250 m. Des fumerolles sortent de partout sous nos pieds, nous sommes alors en terrain dangereux, comme sur une bombe qui menace d'exploser. Enfin, c'est l'inspiration que nous en avons. Le sol multicolore par endroits, tirant principalement sur un panache de rouges, ocres, et jaunes, nous indique que ces fumées sont composées de gaz sulfureux et acides, très nocifs. Evidemment, nous devons nous protéger pour éviter de les respirer. Nous tentons de rallier le petit cratère sud-est qui n'est pas moins actif que ses deux frères, mais avec beaucoup de mal en raison du fort vent et aussi du froid qui nous glacent les doigts et le visage.


Parcours de montée à l'Etna en VTT, depuis le refuge de Piana Provenzana (1800 m - 3320 m)

Le mauvais geste ou moment d'inattention est interdit, sous peine de se retrouver avalés par le cratère lorsque nous en approchons la lèvre.


Le sol coloré par les émanations de gaz sulfureux et acides. Patrick perdu dans un nuage de gaz nocifs

Nous restons sur notre faim. Malgré la difficulté du terrain, nous voulons aller voir ce qu'il se passe sur l'autre grand cratère, la Bocca Subterminale, au nord-est. Pour cela il nous paraît raisonnable de contourner le bord du cratère central par un retour en arrière suivi d'une autre ascension dans les cendres. C'est trop dangereux, nous ne pouvons pas rester plus de quelques secondes dans les fumées acides. Et lorsque nous y sommes, nous devons nous rappeler de nous mettre en apnée.

Le spectacle est tout simplement impressionnant. Nous sommes maintenant au bord du grand cratère, mais côté nord. D'épaisses fumées jaillissent des parois rocheuses à toute vitesse, emportées par le vent qui tournoie sans cesse. Nous profitons de cette agitation pour nous approcher et tenter d'entrevoir le fond du cratère aux lueurs rougeâtres. De temps à autre, au hasard des accalmies, nous entendons une sorte de gargouillement qui ne doit pas être autre chose que la lave en fusion qui sous l'effet des gaz doit bouillonner comme une soupe trop cuite.


Atmosphère spéciale. Nous devons contrôler notre respiration

De là nous n'avons aucun mal à nous déplacer sur le cratère nord-est. Le paysage est lunaire et l'ambiance envoûtante. Toujours pareil, un véritable précipice s'ouvre sous nos yeux equarquillés.


Philippe et Patrick au bord du cratère central. Emanation de fumées et de gaz par une ouverture

Soudain, le petit cratère nous laisse apparaître une épaisse colonne de fumée brune, c'est là un signe de danger. Il se pourrait alors qu'une explosion se produise avec le risque de se ramasser quelques "pizzas" incandescentes sur la tête, qui nous réduiraient alors instantanément en torches vivantes. La montagne a toujours raison et de temps à autre elle nous le fait savoir. D'ailleurs, le volcan a avalé ma casquette qui s'est envolée sous l'effet du vent rasant amplifié par les courants chauds qui remontent du cratère nord-est.

Sans tarder, nous terminons notre ascension mais redescendons rapidement vers nos vélos que nous n'aurons aucun mal à retrouver grâce au GPS.


La neige est parfois présente. Nous apprécions la longue descente de 13 km

La descente est un régal, nous dévalons à toute vitesse, avec une insolence déconcertante, les 14 kilomètres de piste cendrée, en croisant çà et là quelques randonneurs pédestres surpris de voir des vélos dans ce terrain si agressif. Etonnamment, personne ne crève, et nous rejoignons Piana Provenzana saints et saufs en six fois moins de temps qu'à la montée.

Un repas reconstituant et bien mérité, suivi d'une sieste réparatrice sur les planches de la terrasse brûlées par le soleil, viendront terminer notre aventure "Etna" en nous laissant un souvenir unique que nous pouvons d'ores et déjà déguster sans toutefois réaliser la hauteur du privilège.

Malgré ce bonheur, il faut avancer et quitter la station de ski car nous avons prévu d'atteindre l'autre côté du volcan en fin de journée pour y passer la nuit (Adrano). Le sentier annoncé pour y parvenir en fait le tour, il a l'air assez agréable à la lecture de la carte, mais il est long de 35 kilomètres, avec quelques successions de dénivelés importants. Avec ce que nous venons de vivre, ce serait prendre le risque de ne pas pouvoir y arriver dans des conditions décentes et à une heure raisonnable.

L'autre solution serait de descendre jusqu'à Linguaglossa et de monter avec nos vélos dans le train de l'Etna, le Circumetnea, qui nous permettrait tranquillement de rallier Adrano, tout en observant le paysage en touristes normaux que nous sommes. Seulement voilà, il y a une chance sur deux pour que nous puissions embarquer les VTT dans le train, et nous ne pouvons pas prendre ce risque.

Donc…on sort la carte une nouvelle fois. Nous nous mettons puissamment à réfléchir pour trouver la meilleure solution. Le but est de pouvoir rejoindre Piazza Armerina demain, passage obligé de notre périple.

Finalement, nous décidons d'emprunter la route touristique qui descend de l'autre côté, à l'est, en direction de Catane. C'est là que nous prendrons le train pour nous rapprocher de Piazza Armerina. Il n'est pas question de passer la nuit à Catane, même si c'était plus pratique pour nous. A l'aide du Guide du Routard, nous trouvons une auberge de jeunesse à Nicolosi, village paisible situé à 900 mètres d'altitude.

Mais avant la vertigineuse descente de 20 km, nous devons passer un petit col qui nous donne l'occasion de constater que nous avons encore un peu de "jus" dans les pattes. La récompense est tout de même le paysage. Nous sommes tout simplement au beau milieu de gigantesques coulées de lave qui semblent avoir été poussées là par des milliers de bulldozers. On se dit alors que la montagne avait dû se fâcher très fort ce jour-là.


Arrêt rafraîchissant (Trecastagni)

Comme cela nous descendons jusqu'à 600 m (Zafferana) pour remonter sur Nicolosi en passant par Trecastagni. En chemin, la tentation d'avaler quelques pêches et cerises vendues au bord de la route nous arrêtera quelques minutes.

Pressés d'arriver, nous nous précipitions sur l'auberge de jeunesse dont je ne ferai pas de publicité. Nous sommes assez déçus du confort sommaire qu'elle nous propose mais nous l'acceptons, faute d'avoir trouvé une autre alternative. Et puis il faut dire que nous avons parcouru depuis ce matin 65 km avec une différence de 3000 m de dénivelé. L'accueil n'est pas digne d'une auberge de jeunesse. Nous nous consolons autour d'un repas dans un restaurant du village en nous disant que nous aurions pu ne rien trouver. Depuis là, je tente de réserver notre futur hébergement par téléphone, en utilisant les rares mots d'italien que je connaisse. La soirée se termine par une dégustation des fâmeuses glaces italiennes dans la gelateria la plus branchée du village (merci encore au Guide du Routard)

jeudi 24 mai 2001

Debout vers 7 h 30, nous nous laissons glisser jusqu'à Catane, deuxième plus grande ville de Sicile, où nous nous faisons quelques frayeurs dans la circulation en nous faufilant entre les véhicules sous une nuée de klaxons assourdissants (à l'italienne !). La traversée de la ville est épique, mais elle est notre seule possibilité pour sauter dans le train. Bien entendu, nous en avons profité pour prendre notre petit déjeuner à la gare en attendant notre train.


Champs de blé (entre Catane et Enna)

C'est parti, en route vers Enna, charmante ville fortifiée, pour un court voyage au cours duquel nous admirons les champs de blé qui s'offrent à nous à perte de vue. Arrivés, la dure réalité s'affiche dès notre descente du train : Enna centre se trouve à 500 mètres au dessus de nos têtes, éloignée de 5 kilomètres. Je vous laisse calculer la montée. Nos objectifs sont de faire du change, peut-être un peu de visite touristique et de prendre des forces pour attaquer la vraie journée de VTT qui nous poussera jusqu'à Piazza Armerina.

En plein dans la côte, un orage vient soudain calmer nos ardeurs, mais finalement nous fait du bien en nous rafraîchissant. Le problème est le sac à dos que je ne veux absolument pas mouiller au risque de détériorer le caméscope ou l'appareil photo. Nous nous arrêtons quelques instants sous des arbres en bordure de route pour attendre l'accalmie.


Freddy en pleine dégustation (Enna). On s'amuse comme on peut...en attendant l'ouverture du resto

Tout se passe pour le mieux, et en attendant l'ouverture de l'auberge, nous nous divertissons agréablement en profitant d'une vue panoramique sur toute la région.

Nous essayons de passer entre les gouttes des orages à répétition qui accompagnent notre départ. Nous essayons de couper au maximum en empruntant des sentiers et petites routes de campagne. Alors que le paysage change fondamentalement d'allure, très différent de celui que nous avons connu jusqu'alors, nous avalons les kilomètres avec une facilité déconcertante. 5 kilomètres nous séparent encore de Piazza Armerina. A destination, nous nous laissons guider en suivant une pancarte indiquant "Agriturismo Agricasale" censée nous indiquer le chemin. C'était sans savoir que nous nous trompions depuis le début. Il y a plusieurs auberges de ce type dans la région. Nous arrivons même à nous séparer d'Yves qui a pris de l'avance. Partis peu après lui d'un supermarché où nous avons fait le plein de barres de céréales au autres boissons énergétiques, nous suivons une direction alors différente et nous nous rendons compte de notre erreur après une interminable descente. Le pire arrive : ce n'est pas la bonne adresse. Par chance nous retrouvons notre Yvesperdu après une remontée sous des trombes d'eau en direction de la ville . Nous choisissons alors de redescendre tous ensemble à la "mauvaise" adresse que nous avions découverte par erreur, mais qui semble tout à fait acceptable et accueillante. Nous avons aujourd'hui dépassé les 80 km et en tout nous totalisons 300 km au compteur. Mais 300 km de bonheur !

La douche ne sera pas un luxe. Dommage que la piscine ne soit pas utilisable, sans quoi nous ne nous serions pas gênés pour piquer une tête.

On nous offre un repas gargantuesque, et le mot est faible. L'un d'entre nous a lâché que nous avons passé une dure journée et alors le cuisinier s'est vengé pour notre plus grand plaisir.

vendredi 25 mai 2001

Ce matin, nous allons visiter la Villa Romana del Casale, en vélo bien sûr, célèbre pour ses nombreuses mosaiques romaines encore en excellent état. Il s'agit de la principale curiosité touristique de la région. Devant l'affluence touristique, nous ne resterons pas longtemps en raison d'impératifs horaires, dumoins pour Philippe et moi-même. En effet, nous comptons sur un bus d'une compagnie sicilienne qui nous déposera à la gare d'Enna, d'oû nous prendrons un train de retour sur Palerme tandis qu'Yves, Freddy et Patrick apprécient plus longuement cette merveille (!) d'archéologie. Demain, ils poursuivront leur route en direction d'Agrigento en bord de mer, ville théâtre d'une riche activité romaine.


La piscine de Agriturismo (hébergement improvisé) et la Villa Romana del Casale (Piazza Armerina)

Notre voyage est vite réglé, dormant presque toute la durée du trajet.

A Palerme, nous devons négocier l'utilisation d'une douche dans l'une des chambres inoccupée de l'hôtel, sans pour autant la payer, ce que nous parvenons à faire. La suite est moins réjouissante : après un dernier dîner sicilien, transfert en bus à l'aéroport pour y passer la nuit, couchés sur un banc. En effet, aucun bus ne dessert les premiers vols du matin et les taxis ne pourraient pas prendre nos volumineux emballages de vélos.

samedi 26 mai 2001

Vol de retour pour Lyon à 6h30, où nous passons la journée en raison de retards de bagages, embarqués sur le deuxième vol suivant. Donc, nous tuons le temps : shopping, petite bouffe, re-shopping, cinéma, puis retour à l'aéroport pour récupérer les bagages et le véhicule. La série noire continue : problèmes de parking. Nous ne serons de retour dans le Jura que tard dans la soirée.

J'espère pouvoir vous raconter prochainement dans ces lignes la journée des trois chanceux qui ont connu une journée supplémentaire en Sicile, dans la région d'Agrigento.

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