Découvrir la Corse à pied
Un trek pas comme les autres...

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http://www.uniterre.com/r_carnets/carnets/resultat.asp?page=1&Destination=Tunisie&Langue=fran%E7ais&Theme=Ski&Nature=

lien référencé sur Repères Plein Air : http://membres.lycos.fr/reperespleinair/stmond_f.htm?#France

et sur Tour Aventure : http://www.le-gr20.com/fr/info-gr/Conseils-GR20

Le GR20 NORD
de Calenzana à Vizzavona

du 21 au 30 juin 2000

  Présentation
  Profil des étapes
  Données techniques
  Récit par étapes avec photos
  Points et routes GPS de notre itinéraire
  Matériel à emporter
 
Alimentation / Cuisine
  Habillement
  Santé et hygiène
  Conseils pratiques
  Conclusion
  Bibliographie et cartographie
  Refuges du parc national (GR20 Nord)
  Liens
  Contacts

Voir aussi : 
Gr20 Nord en août 2007
Trek au Népal (avril-mai 2000)
Traversée du Mercantour (juin 2002)

Présentation

La Corse et le GR20

Plus qu'une Ile, la Corse est une "montagne dans la mer" et comme n'importe quel autre massif, on peut la parcourir en empruntant les chemins de Grande Randonnée. Long d'environ 200 km, le GR20 traverse l'île du Nord au Sud à une altitude moyenne de 2000 m. Les torrents, les sommets et les cirques qui le rythment en font l'un des plus beaux itinéraire de montagne en Europe. En quelques années, il a d'ailleurs acquis une réputation internationale et attire chaque été de nombreux étrangers. L'itinéraire suit globalement la ligne du partage des eaux, au coeur du Parc Régional de Corse qui s'étend sur plus d'un tiers de l'Île. La montagne abrite de nombreuses espèces endémiques comme la Salamandre noire à points jaunes et la végétation méridionale lui donne un caractère unique. L'horizon est ici barré par la Méditerranée dont l'horizontalité inhabituelle contraste avec les à-pics environnants. Les sources sont nombreuses, il est donc facile de se désaltérer en chemin. Contrairement aux vallées alpines parsemées de hameaux, vous ne croiserez qu'un seul village tout au long du périple. Ancestralement, les insulaires vivaient sur les collines, ainsi protégés des vagues d'invasions qui se succédaient sur leurs côtes. Ni marins ni montagnards, les corses n'allaient en altitude que lorsque les troupeaux demandaient à monter. Les hauteurs étaient menaçantes et l'idée de les explorer est souvent venue de l'extérieur. C'est par exemple l'Autrichien Félix Von Cube - dont un sommet porte le nom (le nom Corse est Punta Rossa) - qui a fait les premiers relevés des montagnes du nord et le premier guide corse était il y a seulement une dizaine d'années.

Un itinéraire relativement accessible

La période idéale pour "faire le GR" est le printemps ou l'automne jusqu'en septembre. En hiver l'enneigement est très important - eut égard à la situation de la Corse - et la haute route Corse d'hiver est une classique de la randonnée à ski. Réputé assez difficile dans sa partie nord, le GR20 est beaucoup plus accessible dans sa partie sud qui comblera les randonneurs débutants. S'orienter est très facile, il suffit de suivre les marques blanches et rouges ou les cairns, ces petites pyramides de pierres construites de loin en loin sur le chemin. L'équipement conseillé est très classique : chaussures de marche, sac de couchage, sur-sac, tapis de sol, vivres de courses, nécessaire de camping, pharmacie, vêtements légers sans oublier une fourrure polaire et un coupe vent car des orages peuvent éclater en fin d'après midi sur les hauteurs. Le tout dans un sac à dos bien adapté à votre morphologie.

 

Quelques randonneurs abandonnent après quelques jours de marche, effrayés par les dénivelées brutaux et handicapés par un équipement inadapté. Pourtant avec une condition physique normale le GR20 est à la portée de tous. Il faut se forcer un peu au début car après quelques étapes un rythme de croisière s'installe et l'on récupère beaucoup mieux. Les refuges sont ouverts en permanence, des cuisines y sont à votre disposition mais aucune nourriture n'y est vendue bien que les gardiens soient présents de Juin à Octobre. Il vous faut donc porter trois jours de ravitaillement en moyenne. Si vous ne disposez que d'une semaine, vous pouvez envisager de ne réaliser qu'une moitié du GR à partir de Vizzavona (accessible en train) qui marque la séparation entre la partie nord et la partie sud.
 
Des étapes variées, des sites imposants
Calenzana non loin de Calvi est le point de départ habituel des randonneurs. Quand ceux-ci arrivent quinze jours plus tard à Conca non loin de Porto Vecchio, ils ne sont plus tout à fait les mêmes. Ils ont parcouru quinze étapes d'environs six heures chacune que les plus sportifs survolent en dix jours seulement. Dès le début vous entrez dans le vif du sujet et vous croisez les plus beaux sommets de Corse. Il est conseillé de partir tôt le matin vers sept heures afin de parer à toute éventualité. Arrivés au refuge en début d'après midi, vous avez tout le temps de vous restaurer, de vous reposer et de vous installer en vue de la nuit. Si vous n'êtes pas fatigués vous pouvez réaliser l'ascension d'un sommet voisin. Par exemple la Paglia Orba qui trône au dessus du refuge de Ciuttulu di Mori à 2525 m et qui est considérée par Michel Fabrikant comme "la plus belle montagne de l'Ile". L'ascension, sans être difficile ne doit pas être envisagée sans précautions.

N'hésitez pas à vous lancer sur ces pentes avant le lever du soleil, vous serez récompensés par ses premiers rayons sur le sommet voisin, le Tafunatu percé d'un énorme trou de 35 m de large et 10 de haut, véritable énigme géologique. Sa roche verte contraste avec les teintes orangées du levant et c'est un régal pour les yeux lorsque les nuages qui le traversent font croire à la présence d'un volcan en activité. Ce sommet singulier fut gravi par Von Cube en 1904, mais le trou fut visité bien avant. Une légende est à l'origine de son nom : le diable aurait lancé contre la montagne le soc de sa charrue qui y aurait creusé la fabuleuse cavité. Son ascension reste réservée aux pieds les plus surs car le vide est très impressionnant.

Préserver la montagne à tout prix
Du début à la fin, le GR20 est ainsi ponctué de merveilles naturelles, comme les insolites Pozzines autour du lac de Ninu, ces trous d'eau claire qui dessinent des méandres au milieu d'un gazon très court, plus doux et plus vert qu'un golf anglais. Vous croiserez aussi de magnifiques "Pin Laricio", arbres emblématiques de la montagne Corse qui peuvent atteindre 50 m de haut, et si vous êtes attentifs et silencieux vous apercevrez forcément des mouflons au crépuscule. Enfin, vers la fin du parcours dans la partie sud, vous découvrirez - comme une récompense méritée - les célèbres aiguilles de Bavella, fabuleuses dentelles minérales qui s'élancent vers le ciel. Faire découvrir ces sites au public sans que celui-ci ne risque de les polluer, voilà l'enjeu auquel les corses doivent trouver une réponse. La montagne n'ayant jamais été véritablement aménagée, il est encore possible de ne pas tout gâcher. Par exemple en évitant la construction de grands refuges confortables - comme dans les Alpes - qui obligent à tracer des routes de montagne. Les muletiers autrefois très nombreux pourraient proposer beaucoup plus de services en acheminant notamment de la nourriture aux refuges, ce qui permettrait d'alléger les sacs des randonneurs et d'entretenir les chemins. Le GR20 est - en l'état actuel - parfaitement intégré, reste à le développer en se passant d'infrastructures envahissantes et à le faire connaître tout en le protégeant.
 

Profil des étapes (GR20 Nord)


Itinéraire comparé à la taille de la Corse

Cliquer sur la carte pour voir le détail
Image satellite


Données techniques

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
Moyenne longueur par jour
Moyenne dénivelé positif par étape
Moyenne dénivelé négatif par étape
Moyenne dénivelé absolu par étape
122,25 km
10220 m
9470 m
19690 m
13,5 km
850 m
790 m
1640 m

Points et routes GPS de notre itinéraire

Nouveau : coordonnées GPS (format des fichiers : texte, coordonnées exprimées en mode WGS 84, degrés décimaux).

Dans mes fichiers, les points sont très nombreux et le tracé très précis (digitalisés à partir du Logiciel CartoNAV des des cartes CartoExploreur de Bayo). Selon les GPS utilisés, il faudra extraire des fichiers le nombre voulu  de points (par exemple, un point tous les 100 points)

accès à la liste des 176 CDROMs de cartes IGN

Par exemple, mon GPS (un simple Garmin GPS 12), n'accepte que 30 points par route !

 

Récit par étapes avec photos

mardi 20 juin 2000

Avec Manu, mon partenaire de trek, nous nous donnons rendez-vous dès la veille du départ à son domicile, non loin de Grenoble, afin d'écourter le trajet pour nous rendre à l'aéroport de Lyon-Satolas, où nous devons prendre un vol pour Calvi (Haute-Corse), via Nice. 

A mon grand étonnement, après deux bonnes heures à préparer le sac à dos, sa pesée révèle 23,6 kg sur la balance. Pourtant, j'ai bien pris le minimum...enfin je pense (voir plus loin pour la liste du matériel à emporter, ainsi que la nourriture, l'habillement et les effets de santé et d'hygiène, à titre indicatif). J'en profite pour me peser également, histoire de voir si une aventure pareille me fait perdre plus de 5 kg comme après mon trek au Népal (cliquez ici pour lire le récit)

Le sac de Manu ne fait que 16,4 kg. Je lui laisserai volontiers le soin de prendre la toile de tente qui équilibrera un peu les charges. Je suis tout de même inquiet, je n'ai pas l'habitude de marcher des heures avec une telle charge sur le dos.

mercredi 21 juin 2000

Notre vol, affrété par Air Littoral (une compagnie d'Air France), est programmé à 8 h 30. Après 1h15, nous faisons escale à Nice pour une durée de 4 heures avant de reprendre les airs pour Calvi. Nous prenons alors un bus qui nous dépose en plein centre de la célèbre Promenade des Anglais, et profitons pour prendre un premier bain de soleil méditerranéen, en regardant les touristes déjà pressés sur les plages de galets qui s'étendent à perte de vue. L'air marin nous fait un bien fou, loin de nos montagnes alpines. Déjà un air de vacances !

Nous visitons le marché aux fleurs, dans la vieille ville, et empruntons les petites ruelles piétonnes au milieu des chaudes façades multicolores et des senteurs des produits provençaux, tandis que la fête de la musique se prépare (nous sommes le jour le plus long). Il y a beaucoup de monde dans les rues.

A l'aéroport de Calvi, nous prenons directement un taxi pour Calenzana, le village de départ du GR20, où nous avons réservé une chambre à l'hôtel Monte Grosso.

Calenzana, village de départ du GR20 Nord
Calenzana, village de départ du GR20 Nord

Nous visitons rapidement les lieux, c'est charmant. Après avoir effectué quelques derniers achats et écrit quelques cartes postales, nous étudions méticuleusement le tracé de notre périple. Nous envisageons alors nous réserver un jour de sécurité, ainsi qu'un dernier jour à la fin où nous pourrons récupérer physiquement de nos 8 jours d'efforts, par exemple sur une plage. Aussi, nous n'écartons pas la possibilité d'effectuer des variantes au GR20, comme atteindre des sommets dont le Monte Cinto, le point culminant de la Corse.

Balisage et signalisation complets
Balisage et signalisation complets et fréquents

Nous prenons ce qui sera notre dernier vrai repas avant le trek, sur la terrasse d'un restaurant où règne une douce chaleur d'été, avant de nous installer dans le seul bistro local devant un match de football de l'Euro 2000 qui nous intéresse (France-Hollande) pendant lequel nous avalerons goulûment quelques glaces.

Avant la nuit, nous irons repérer le point de départ exact du GR20.

jeudi 22 juin 2000

1ère étape : Calenzana - Refuge Ortu di Piobbu

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
12,7 km
1695 m
380 m
2075 m

Calenzana - Refuge Ortu di Piobbu

Départ sous une faible chaleur, directement dans le village de Calenzana où règne un silence parfait à 7h du matin. Le soleil levant fait ressortir avantageusement les couleurs des façades des maisons, et plus particulièrement celles du clocher de l'église qui est superbe.

Nous sommes dans le bain tout de suite, le sentier montant serpente dans la végétation dense, qui fait penser à la garrigue. La chaleur monte rapidement. Les lézards sortent de leur cachette par dizaines et fuient à notre passage. Nous croisons même un taureau le long du chemin, nous nous en écartons rapidement pour le laisser passer. Quelle surprise ! Nous avons plutôt l'habitude de voir ce genre d'animaux dans les champs.

Peu à peu, nous apercevons le village de Calenzana qui s'éloigne pour enfin disparaître de notre champ de vision. Je réalise à ce moment-là que nous sommes bel et bien partis et engagés dans cette grande aventure. Nous prenons de l'altitude assez rapidement. Quelques petites pauses répétées nous permettent d'observer le paysage panoramique tout en soulageant notre dos et en croquant des barres de céréales. Nous apercevons au loin la rade de Calvi qui se dessine dans le découpage de la côte Corse, avec sa citadelle et l'eau turquoise de la Méditerranée. Notre sac à dos est lourd, il est difficile de l'oublier.

Notre progression devient régulière. Voilà deux heures que nous sommes partis, nous choisissons alors spontanément une variante : un sentier indiqué comme "parcours sportif". Nous ne savons pas exactement ce que cela signifie mais je me dis qu'il s'agit peut-être d'une opportunité pour passer la crête plus vite, que je chemin est plus direct mais aussi plus pentu. En fait, non. Il s'agit d'une longue traversée à flanc de pente. Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit de l'ancien sentier GR20, qui n'est plus du tout entretenu. Le sentier est très sinueux et apparemment très peu fréquenté, nous devons par moments nous frayer un chemin dans les fougères ou les ronces pour pouvoir avancer. Ces branchages n'épargnent pas nos cuisses et nos mollets qui sont alors véritablement lacérés. Nous nous perdons à plusieurs reprises, ne voyant plus de marques blanches et rouges ni de cairns (tas de cailloux en forme de pyramide indiquant la présence du sentier). Nous devons alors faire le point sur la carte à l'aide du GPS qui nous renseigne facilement sur notre position exacte et nous donne la direction à prendre. Contents de l'avoir embarqué, nous commencions sérieusement à désespérer, notre moral en a pris un bon coup. Nous regrettons bien évidemment cette variante, mais nous n'avons plus le choix et devons poursuivre notre route.

La carte nous indique que nous devons rejoindre un autre itinéraire au fond d'une vallée. Nous parvenons à l'intersection avec le sentier du Mare E Monti avec beaucoup de mal. Nous sommes très fatigués, nous devons faire route sur notre cap, droit dans la végétation car le sentier n'existe plus. Les pieds sont douloureux, le sac à dos pèse sur les épaules, le moral est alors au plus bas.

Nous dépassons notre horaire prévu sur la première étape de plus de trois heures et la chaleur croissante n'arrange rien. Nous reprenons néanmoins quelques forces en découvrant l'important chemin attendu, et surtout quand nous voyons une pancarte avec l'indication "Refuge Ortu di Piobbu 1h30". Il suffit alors de suivre ce large chemin jusqu'au refuge. La remontée sera difficile. Je regarde souvent l'altimètre pour nous renseigner sur le dénivelé restant à faire. L'arrivée au refuge est une délivrance.

Refuge Ortu di Piobbu
Refuge Ortu di Piobbu

Nous organisons rapidement la douche et le lavage des habits avant de nous préparer une soupe minestrone réconfortante suivi d'un repas énergétique reconstituant. Il s'agit également de se préparer pour le lendemain, nous savons que nous avons laissé beaucoup de forces aujourd'hui sur le terrain. Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps et ce ne sont pas les quelques barres de céréales que nous avons pu avaler qui peuvent subvenir de manière suffisante à nos besoins alimentaires. Il faut beaucoup boire et manger pour compenser les pertes en sels minéraux. J'ai l'impression d'avoir déjà perdu 3 kg après cette première journée.

Coucher de soleil depuis le refuge Ortu di Piobbu
Coucher de soleil depuis le refuge d'Ortu di Piobbu

Nous faisons connaissance avec un groupe de savoyards sympas que nous allons côtoyer de temps à autre sur le parcours, au gré de notre rythme, et partager les soirées dans les refuges pendant quelques jours.

vendredi 23 juin

2ème étape : Refuge Ortu di Piobbu - Refuge Carrozzu

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
6.7 km
492 m
792 m
1284 m

Refuge Ortu di Piobbu - Refuge Carrozzu

Nous démarrons à 6 h 45 après un réveil facile, aidés par le groupe des savoyards. Un peu moins chargés en raison des vivres que nous avons déjà commencé à consommer, nous nous organisons pour éliminer au maximum le plus lourd, c’est ainsi que nous prévoyons de liquider les patates au lard ce soir, une fois de plus.

Le parcours commence par une longue montée dans les cailloux et les gravières. Les grandes dalles de granit me rappellent certains paysages des Alpes. Le relief, accentué par la lumière matinale, est très découpé. Nous atteignons peu après le premier col (Bocca Piccaia) à 1950 m, en haut duquel nous découvrons le saisissant spectacle offert par les plus hauts sommets corses, droit devant nous, dont le Monte Cinto.

Le sac à dos pèse lourds et augmente la difficulté
Le sac à dos pèse lourd et augmente la difficulté

Depuis le col, nous devons continuer à nous élever jusqu’à 2020 m pour suivre ensuite une longue ligne de crête très accidentée où serpente le chemin. Nous trouvons une succession de montées et de descentes de part et d’autre de la crête, avec des passages techniques de grande qualité qui nous font penser que le GR20 est une affaire d’entraînement et d’expérience. En effet, il faut parfois escalader des parties rocheuses, et avec 23 kg dans le dos, c’est assez délicat. Personnellement, je préfère ce genre de passage par les crêtes, beaucoup plus intéressant, et offrant souvent de meilleurs panoramas.

Les montagnes corses sont partout autour de nous, les différentes teintes varient du noir à l’ocre clair en fonction de l’élévation du soleil et de la profondeur de champ, c’est incomparable avec les Alpes.

Nous atteignons un deuxième col, puis empruntons une longue descente empierrée de plus de 750 m de dénivelé où les méandres du sentier nous rapprochent lentement du refuge Carrozzu. Nous mettrons 5 h 30 pour l’atteindre, un peu moins que le temps prévu sur le topo-guide. Cette journée nous laisse alors un sentiment très agréable.

Nous avons tout le temps de nous préparer un repas reconstituant à base de féculents, avant de nous concentrer sur le calcul des étapes suivantes. Nous changeons légèrement nos plans pour pouvoir engager une randonnée à la journée au Monte Cinto depuis la station de Haut Asco où nous devons nous trouver demain. Nos prévisions étaient de l’aborder depuis le refuge de Tighjettu que nous voulions rallier directement, mais quelques connaisseurs locaux nous en ont dissuadé en raison des grandes difficultés techniques et de l’absence de véritable sentier. Nous acceptons alors conjointement de passer une journée de plus sur le GR20, tout en sacrifiant la journée balnéaire de repos prévue à la fin du trek, vers Bastia.

Coucher de soleil depuis le refuge Carrozzu
Coucher de soleil vu depuis le refuge Carrozzu

La soirée au refuge se passe dans une ambiance de convivialité, forcée par un groupe de 22 canadiens québécois. Je discuterai avec un népalais de 19 ans qui travaille ici comme cuisinier, qui a sympathisé avec le gardien du refuge lors d’une expédition himalayenne en 1999 (Manaslu, plus de 7000 m d’altitude). J’apprendrai très vite qu’il connaît personnellement l’un des guides qui était avec moi lors d’un trek au Népal deux mois auparavant. Que le monde est petit !

 

samedi 24 juin 2000

3ème étape : Refuge Carrozzu - Refuge d'Asco Stagnu (station de Haut Asco)

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
4,4 km
730 m
550 m
1280 m

Refuge Carrozzu - Refuge d'Asco Stagnu

Le timing est de 4 heures pour cette relative courte étape. Nous partons néanmoins tôt.

Peu après le départ, nous traversons le ruisseau de Spasimata par la passerelle suspendue du même nom avant de monter sur la rive gauche des gorges en empruntant des grandes dalles de pierres en dévers avec quelques passages techniques. J’en profite pour tourner quelques images de la traversée de la passerelle, qui n’est pas chose aisée pour tout le monde. Avec nos sacs à dos, nous pesons chacun pas loin de 100 kg et cette traversée s’avère alors délicate.

Passerelle de Spasimata
Passerelle de Spasimata

Peu après le passage vers le lac de la Muvrella, Manu casse sa branche de lunettes sur mon sac à dos dans une montée périlleuse. Nous devons alors trouver une solution de secours : le rafistolage de fortune se fera avec de la bande élastoplaste !

En haut du col “Bocca a i Stagni” nous prenons la décision de grimper au Monte Cinto dans la journée, en enchaînant avec l’étape du jour, étant donné l’horaire confortable.

Nous voyons d’ici le refuge Asco Stagnu qui se trouve à plus de 700 mètres sous nos pieds. Je descends un peu plus vite que Manu, afin de réserver un couchage dans le refuge. J’arrive à 10 h 15. La gardienne, très accueillante, me permet de m’installer et me donne déjà la clé de la chambre. Nous sommes dans une ancienne station de ski désaffectée, Haut-Asco, et le refuge du GR20 est probablement un ancien hôtel, offrant plus de confort qu’un traditionnel refuge montagnard. La chambre étant réservée, j’effectue quelques achats de nourriture au ravitaillement qui se trouve à proximité du refuge, je pose mon sac à dos et remonte à la rencontre de Manu à toute vitesse pour lui annoncer que tout était réglé. Nous avons même le privilège d’entrevoir un repas avec quelques produits frais le soir venu (tomates, pommes, œufs, saucisson corse).

A notre rencontre, Manu me dit qu’il a vraiment trop mal aux pieds et qu’il abandonne alors l’idée de devoir repartir au Cinto dans la foulée, même après quelque repos.

Après quelques dizaines de minutes et beaucoup de persuasion, je le décide enfin, malgré ses nombreuses ampoules sous les pieds. Nous prenons alors le minimum avec nous (camelbak avec 1,5 litre d’eau, quelques barres énergétiques et deux pommes), et nous attaquons alors au Cinto.

Le Monte Cinto est le plus haut sommet de la Corse, le seul chemin balisé part depuis la station de Haut Asco. Avec un petit sourire, la gardienne du refuge nous annonce qu’elle lancera les secours si elle ne nous voit pas revenir avant 22 heures. Nous sourions également, mais la rassurons en lui disant que nous devrions être de retour au plus tard vers 18 heures.

Variante : Monte Cinto aller-retour depuis le Refuge d'Asco Stagnu

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
12,6 km
1350 m
1350 m
2700 m

Randonnée au Monte Cinto

La montée est très longue, d’abord le long du ruisseau du Tighjettu bordé de nombreux gigantesques pins, ensuite au milieu de pics au relief très agressif. La pente est assez forte par moment, mais nous parvenons sans mal à une première crête à 2600 m, non loin de la Pointe des Eboulis. Les névés rencontrés nous empêchent de voir le chemin et nous les traversons en nous dirigeant à vue jusqu’à la crête. Nous profiterons d'un arrêt, posés sur une grande dalle chauffée par le soleil, pour nous délecter d'une simple pomme. "C'est la meilleure pomme que je n'ai jamais mangée", me déclare Manu. Je partage également son sentiment, sans hésitation. Cela fait bientôt quatre jours que nous n'avons pas mangé de produit frais, et cette simple pomme qui vaut de l'or arrive comme un véritable avènement. 

Pour atteindre le sommet, nous devons basculer sur le versant sud pendant une bonne heure en descendant puis en remontant plus de 100 m de dénivelé en contournant une grosse formation rocheuse.

Monte Cinto
Monte Cinto (point culminant de la Corse - 2710 m)

Nous y sommes, 2715 m sur le GPS contre 2706 m sur la carte. Peu importe, nous sommes à ce moment-là les deux plus hauts de toute la Corse. Le vent est fort, nous ne restons pas plus de 10 minutes, après avoir fait un tour d’horizon à 360° sur les autres sommets importants. En théorie on voit la mer de chaque côté de la Corse mais une épaisse brume nous en empêche, côté Est.

La descente, effectuée à toute vitesse en glissant sur les névés ou en dérapant sur les graviers, sera finalement un calvaire pour nos pauvres pieds, qui ont avalé plus de 16 km de terrain aujourd’hui, mais aussi pas loin de 4000 m de dénivelé absolu (montées + descentes). Le calcul du dénivelé positif total nous apprend 2080 m pour cette seule journée, ce qui est conforme à nos estimations.

Vue du Lac Cinto depuis le Monte Cinto
Vue du Lac Cinto depuis la crête de la pointe des Eboulis

Cette journée nous comble néanmoins de satisfaction, tant dans son côté sportif que par la beauté de ses paysages montagneux et de notre facilité à passer les difficultés techniques.  Dans les Alpes, personne n’aurait l’idée de baliser de tels sentiers sans conseiller un équipement spécial pour l’escalade.

Le Monte Cinto est une excellente variante le long de GR20. Il est en effet frustrant de passer à côté sans pouvoir y aller. Il faut bénéficier malgré tout de bonnes conditions climatiques pour s’y aventurer.

La chaîne du Monte Cinto
La chaîne du Monte Cinto

De ce fait, nous gardons de côté un jour supplémentaire au cas où nous voudrions ajouter l’ascension d’un autre sommet, ou tout simplement pour s’autoriser une journée de repos à la fin du trek.

dimanche 25 juin 2000

4ème étape : Refuge d'Asco Stagnu - Refuge de Tighjettu

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
7,1 km
970 m
740 m
1710 m

Refuge d'Asco Stagnu - Refuge de Tighjettu

Cette étape est annoncée par tous comme la plus difficile du GR20, en raison de plusieurs passages rocheux et dangereux en pente raide. Les chaînes et les échelles qui équipent ces passages représentent une aide non négligeable pour leur franchissement. Sur la carte IGN, cette partie de l’itinéraire est indiquée en pointillés, ce qui signifie "passage délicat".

Ce matin, après une très bonne nuit récupératrice, nous ne nous pressons pas, partons vers 9 heures, doucement en raison de la fatigue accumulée des jours précédents, mais nous retrouvons notre cadence habituelle. Au vu des premiers jours passés, nous nous inscrivons dans un rythme moyen qui nous permet de compter sur un horaire qui est de 20% à 25% de moins que celui qui est indiqué sur le topo-guide. Malgré tout, il est prudent de se réserver une bonne marge de sécurité en cas d'accident ou de problème météo sérieux. Il ne faut pas oublier que l'orage en montagne est très dangereux et pourrait changer très rapidement la tournure des événements.

Ruisseau du Tighjettu et chaîne du Monte Cinto
Ruisseau du Tighjettu et chaîne du Monte Cinto

Nous connaissons un fort vent au départ de cette étape dans toute la montée vers le Cirque de la Solitude, un vent à "décorner les bœufs" selon Manu. La chaîne du Monte Cinto est superbe sur notre gauche, et nous voyons peu à peu les hauts sommets qui se découvrent, comme la Punta Minuta, la Punta Rossa, ou encore le Capu Falu, que nous allons côtoyer plus loin. Ambiance "haute-montagne" assurée !

Vue sur la chaîne du Monte Cinto depuis la station de Haut Asco
Vue sur la chaîne du Monte Cinto depuis la station de Haut Asco

Par grande fréquentation, il n'est pas rare de devoir attendre plus d'une heure pour passer les difficultés du Cirque de la Solitude, en raison du manque d'expérience de certains randonneurs. Nous assisterons même au renoncement d'un couple de trekkers, épris de peur au sommet du col (ou Bocca) Tumasginesca.

Avant la première montée dans le Cirque de la Solitude
Avant la première montée dans le Cirque de la Solitude

Nous y sommes, après une montée périlleuse où nous escaladons quelques passages, nous arrivons à ce fameux col. Nous avons réellement l'impression d'être acteurs, mais notre souffle est un peu coupé par les énormes pics rocheux aux crêtes déchiquetées qui nous entourent. Je m'engage le premier dans la descente abrupte équipée de grosses chaînes pour la sécurité. Celles-ci me déstabilisent plutôt, préférant me raccrocher au rocher lui-même. Mon expérience de l'escalade m'aide beaucoup dans cette partie, où j'aiderai Manu pour trouver des prises de mains confortables. Il faut en effet dés-escalader, c'est-à-dire descendre en restant face à la pente, d'autant plus qu'avec le sac à dos le poids et l'inertie sont à notre avantage.

Passage technique dans le Cirque de la Solitude
Passage technique dans le Cirque de la Solitude

Une deuxième montée périlleuse nous attend, dans ce théâtre de pierres granitiques, dans laquelle nous rejoignons nos amis savoyards partis deux heures avant nous. Je profite de cette opportunité pour faire quelques photos et images vidéo.

Je monte rapidement au col suivant, la Bocca Minuta, pour me mettre au soleil à l'abri du vent en attendant Manu. A son arrivée quelques minutes plus tard, nous nous congratulerons pour la réussite de ces passages difficiles et les belles images toutes fraîches qu'ils nous ont laissés. Rejoints soudain par nos montagnards-savoyards, nous savourons quelques délectations sorties de nos sacs à dos avant de nous armer de courage pour terminer par la vertigineuse descente finale jusqu'au refuge aménagé de Tighjettu. Surpris par notre forme physique plus qu'honorable, nous relatons cette journée particulière autour d'une petite collation constituée de saucisson corse. Une pure merveille ! Il est alors 14 h 15. Nous entâmons par la suite une sieste qui viendra à bout de nos courbatures résiduelles et autres douleurs musculaires.

lundi 26 juin 2000

5ème étape : Refuge de Tighjettu - Bergeries de Radule (bivouac)

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
11,3 km
590 m
920 m
1510 m

Refuge de Tighjettu - Bergeries de Radule

Nous nous levons ce matin assez tôt, 6 heures. Nous avons prévu de bivouaquer le soir, aussi nous devrons poursuivre après le prochain refuge, et poser la tente près des Bergeries de Radule, ce qui nous fera gagner 1h30 sur la longue étape du lendemain. De plus comme le camping sauvage est interdit dans l'ensemble du Parc Régional, nous sommes tenus de nous rapprocher d'un lieu habité et, en principe, autorisé.

Refuge de Tighjettu
Refuge de Tighjettu

Le refuge de Tighjettu est caractéristique, comme posé sur pilotis en plein milieu du ravin de Stranciacone, dans la pente. A peine partis, nous rejoignons une fois de plus nos amis savoyards, partis peu avant nous. Nous n'avons plus mal aux pieds et la belle journée ensoleillée qui s'annonce nous emplit de bien-être. Notre rythme s'est alors volontairement ralenti pour prendre le temps de nous conditionner pour la longue montée finale jusqu'au refuge de Ciottulu di Mori où nous allons nous arrêter. Une petite halte sur le chemin aux Bergeries de Ballone s'impose pour nous ravitailler. En effet, il nous manque quelques denrées de première nécessité. Le berger n'est pas des plus sympathiques, l'accueil est quelque peu sauvage mais nous boirons tout de même un rafraîchissement au bar avant de repartir rapidement. Nous restons pendant plus d'une heure à la même altitude, en restant sur une courbe de niveau pendant toute la traversée de la forêt d'Albertacce.  Parsemée de pins "Laricio", caractéristiques de la région, cette forêt s'ouvre sur le vallon du ruisseau de Foggiale que nous remontons jusqu'au col du même nom, tandis que le soleil chauffe de plus en plus et favorise l'apparition des lézards. La casquette de Manu, trempée par la sueur, apparaît comme un témoin de cette écrasante chaleur. Je lui fais alors remarquer en plaisantant que l'on peut connaître le nombre de jours passés sur le GR en comptant le nombre de strates de sueur qui s'empilent sur sa casquette.

J'ai mal organisé le rangement de mon sac à dos ce matin, et je sens quelque chose qui me fait mal dans le dos. J'attends d'arriver au col pour le poser et régler ce problème. Après une courte pause, nous reprenons l'itinéraire balisé en destination du refuge de Ciottulu di Mori qui ne se trouve plus qu'à 800 m selon le GPS, bien que nous ne le voyions pas encore. Il nous faudra encore 20 à 25 minutes pour l'atteindre. Il est alors 10 heures et de bonnes perspectives s'offrent encore à nous. Le temps est bien dégagé, et nous apercevons sur notre droite, en montant, les célèbres sommets Capu Tafunatu et Paglia Orba. Le premier offre la caractéristique d'être troué par une grande ouverture naturelle de plus de 30 m de large et 10 m de haut, le second est tristement réputé pour son nombre important d'accidents mortels, mais aussi pour figurer comme le blus beau de Corse. En effet, à proximité du refuge, de nombreux randonneurs s'y aventurent avec précipitation et son ascension est assez difficile en raison de certaines  portions à escalader.

Variante : Paglia Orba aller-retour depuis le Refuge de Ciottulu di Mori

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
4,4 km
690 m
690 m
1380 m

Au refuge, après le rituel casse-croûte qui suit notre arrivée, nous partons à cinq en direction de la Paglia Orba pour essayer d'en atteindre le sommet (2525 m) sans les sacs à dos, mais avec naturellement de quoi boire suffisamment. Comme prévu, l'ascension est délicate. Heureusement, mon expérience de l'escalade m'aide une fois de plus et je peux la mettre au service des autres membres du petit groupe que nous formons. Tout se passera à merveille, tant la motivation est grande. Nous atteignons le sommet en 1 h 20, au lieu des deux heures indiquées sur le topo. Là-haut, une vue imprenable sur la mer et les montagnes, dont le majestueux Monte Cinto et au loin, le Monte Rotondo et le Monte d'Oro qui semblent jaillir de nulle part au milieu des nuages d'altitude.

A la descente, nous choisissons de partir en direction de l'autre sommet important qui surplombe la vallée du Golo et le refuge, le Capu Tafunatu. Le spectacle offert par la traversée des nuages dans sa trouée centrale est saisissant. Nous nous trouvons alors aux premières loges.

Vue sur le Paglia Orba depuis la Vallée du Golo
Vue sur la Paglia Orba depuis la Vallée du Golo

Manu a dû rester au refuge pour soulager ses pieds qui ont beaucoup souffert, et aussi pour s'autoriser un repos avant de repartir en route pour notre bivouac prévu, ce que nous faisons directement dès mon retour au refuge. C'est la dernière fois que nous voyons nos amis savoyards que nous saluons comme il se doit.

Vallée du Golo
Vallée du Golo

Le sentier est en descente en longeant le Golo, mais assez callouiteux. Nous noterons la présence de nombreuses vasques creusées par l'érosion. L'eau limpide de ces baignoires naturelles, d'un reflet vert-bleu, inspire la baignade, mais la proximité de la source nous laisse penser que l'eau est beaucoup trop froide. Après avoir enchaîné l'étape du jour, de refuge en refuge, l'ascension de la Paglia Orba, et la montée dans le trou du Capu Tafunatu, mes pieds commencent à souffrir sérieusement et je dois marcher  sur des œufs pour les soulager. Les arrêts se font de plus en plus fréquents, les deux derniers kilomètres sont un calvaire. Nous y arriverons malgré tout et trouverons rapidement notre lieu de bivouac au-dessus de la bergerie de Radule. Un brin de toilette dans un ruisseau, le montage de la tente, et nous pouvons enfin décompresser. Le massage des pieds est un grand moment. Je vérifie le fonctionnement de notre réchaud à gaz et  nous préparons sans tarder notre repas grâce aux sachets lyophilisés. Ce n'est pas le luxe mais nous nous en régalerons tout de même.

mardi 27 juin 2000

6ème étape : Bergeries de Radule (bivouac) - Refuge Manganu

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
19,6 km
690 m
440 m
1130 m

Bergeries de Radule - Col Saint Pierre

Col Saint Pierre- Refuge Manganu

Ce matin, nous attendons que le soleil vienne lécher la toile de tente de ses premiers rayons pour nous lever. Sans trop tarder, nous démarrons dans la forêt. Foulant un parfait tapis d'aiguilles de pins qui reste sur la même courbe de niveau, nous arrivons à la station de ski de Castel Di Vergio sans peine. 

Forêt de cônifères à proximité des bergeries de Radule
Forêt de conifères à proximité des bergeries de Radule

Un vrai plaisir pour nos pieds fatigués. Cette station est la seule encore en fonction en Corse. Nous essayons d'imaginer les skieurs dévaler les quelques hectomètres de pistes, sous les téléskis qui semblent avoir poussé comme des plantes. Nous trouvons un hôtel où nous pourrons enfin boire un verre, poster nos cartes déjà écrites, et surtout nous ravitailler en produits frais (les prix sont assez élevés mais nous n'hésitons pas une seconde). Nous retrouvons également un couple d'Allemands qui ont plus ou moins effectué les même étapes que nous, et sommes admiratifs devant leur courage, malgré leur âge. Nous repartons sur le GR pendant encore 5 km suivant le même profil et arrivons à la montée au col Saint Pierre (Bocca San Pedru). Droit dans la pente, le chemin dessine de grands zigzags puis nous continuons à monter le long d’une crête pour atteindre le col â Reta (1883 m). La montée est régulière avec un chemin bien marqué. Nous n'avons pas de mal à adapter notre rythme qui nous permet de dépasser sans forcer un groupe de Tchèques venus goûter à la montagne Corse. 

Le lac Nino
Le lac Nino

Après une courte pose pour nous soulager les épaules, nous descendons en direction du lac Nino au bord duquel nous nous arrêtons tout d'abord pour une sieste qui s’impose absolument. Nous nous attardons facilement allongés dans l’herbe puis nous entamons un pique-nique style "nappe à carreaux". Nous nous sentons très reposés, même en ayant déjà marché cinq bonnes heures. Quelques séquences vidéo et photos tant le paysage est caractéristique, et nous sommes repartis pour la descente finale jusqu’au refuge de Manganu en passant par les bergeries de Vaccaghia. Au départ du lac, le chemin est parfait, rectiligne, et très agréable. Nous augmentons ainsi notre capital santé en vue des étapes suivantes qui nous réservent encore quelques surprises. Le GR20 n'est jamais gagné, c'est un engagement de chaque instant.

Le refuge de Manganu est le bienvenu, nous pouvons acheter du pain et des aliments essentiels à nos besoins diététiques. Malgré le monde déjà présent à notre arrivée – il y a là l’équipe de France féminine de handball en stage de préparation pour les Jeux Olympiques de Sydney – nous trouvons facilement un matelas à l’intérieur pour passer une nuit confortable.

mercredi 28 juin 2000

7ème étape : Refuge Manganu - Refuge Petra Piana

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
9,1 km
770 m
530 m
1300 m

Refuge Manganu - Refuge Petra Piana

Lever à 5h30. Je ne sais pas quelle mouche a piqué l’ensemble des occupants du refuge mais tout le monde s’est activé très rapidement. Manu a mal aux pieds comme chaque matin et me propose de marcher doucement pour commencer. Il faut chauffer la mécanique ! Nous gravissons 600 mètres de dénivelé pour passer la brèche de Capitello. 

La brèche de Capitello
La brèche de Capitello

Une montée dans des grosses pierres à part quelques plateaux herbeux que les pieds apprécient à leur juste valeur. Finalement, Manu trouve son rythme de croisière et nous montons assez rapidement. Derrière la brèche, nous découvrons les deux lacs de montagne dans lesquels le soleil se reflète (lac de Capitello et lac de Mélo). 

La brèche de Capitello au centre
La brèche de Capitello au centre

Lacs de Capitello et Melo
Lacs de Capitello et Melo

Nous irons plus loin nous arrêter pour prendre quelques photos en évitant les reflets. Manu casse une sangle importante de son sac à dos, celle qui tient la toile de tente et le karrimat. Heureusement, j’ai une une sangle de secours et nous effectuons la réparation sur place. 

Au dessus du lac Melo
Au-dessus du lac Melo

Il fait beau et chaud et la réverbération solaire est maximum sur les grandes dalles rocheuses sur lesquelles nous progressons. Le GR20 suit une crête rocheuse, nous jonglons avec les sommets entre 2000 et 2200 mètres pas une succession de montées et de descentes de part et d’autre de celle-ci. Ainsi, nous contournons la Punta Alle Porta et la Punta Muzella en passant par trois cols successifs.

Lac Melo (région de Capitello)
Lac Melo (région de Capitello)

Au dernier, le Col de la Haute Route (Bocca Muzzella), j'attends Manu qui est loin derrière moi. Il est vrai que j'ai mis le turbo...Sans bouger, j'ai froid et le vent se lève en soufflant par rafales. Je décide alors de continuer jusqu'au refuge de Petra Piana afin de réserver un lit pour la nuit à venir. Le temps ne s'annonce pas des meilleurs : Quelques nuages menaçants commencent à pointer à l'horizon. Je prépare une soupe et un petit repas improvisé pour Manu que je vois arriver quelques dizaines de minutes plus tard. Je l'ai repéré aux jumelles afin de synchroniser son arrivée avec la soupe chaude, ce qui lui fera naturellement plaisir, malgré le reproche qu'il peut me faire de ne pas l'avoir attendu là-haut, sur les crêtes.

Variante : Monte Rotondo aller-retour depuis le Refuge de Petra Piana

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
5,8 km
760 m
760 m
1520 m

Quant à moi, je respire 15 minutes, remets mes chaussures de rando, et décide alors de monter seul à l'assaut du Monte Rotondo (2622 m), l'un des plus hauts sommets Corses. Comme le Monte Cinto, il est dommage de ne pas se laisser tenter par un sommet proche de l'itinéraire du GR20, qui plus est à proximité d'un refuge. Bien entendu, je prends le minimum, juste un peu d'eau et mon petit appareil photo. J'ai observé sur la carte que je pouvais rencontrer un beau et grand lac (Lavu Bellebone) que je pourrai immortaliser en passant ou depuis le sommet. Je ne serai effectivement pas déçu.

Je demande au gardien combien de temps il faut en moyenne pour aller jusqu'au sommet et s'il n'y a pas trop de problème d'itinéraire. Il me précise qu'il faut deux bonnes heures et que le chemin est parfaitement indiqué par de nombreux cairns. Je me trouve en super forme, le fait de ne plus avoir de sac à dos sur les épaules me donne des ailes. Je profite du fait d'être seul pour me rendre la montée sportive, en ayant toujours en tête la référence de deux  heures. La cadence très soutenue que je m'impose me permet d'atteindre le sommet en 1 h 20 seulement. Peu avant le sommet, je rencontre un trekker avec qui je termine l'ascension, et à qui je demanderai de bien vouloir prendre une photo souvenir, avec à l'arrière-plan des lacs aux dominantes turquoises. L'un d'eux est encore à demi couvert par un névé.

Je suis ravi d'avoir pu enchaîner une fois de plus un sommet important avec l'étape du jour.Je me sens vraiment entraîné. Je rejoins le refuge de Petra Piana en trottinant, parfois même en courant, en me jouant des pièges pierreux que je rencontre. Je n'ai plus d'eau dans mon bidon mais les sources ne manquent pas. Sans me poser de question, devant la limpidité de cette eau de montagne, je m'abreuve alors goulûment de quelques décilitres avant d'en finir avec cette vertigineuse descente.

Le Monte Rotondo au-dessus des nuages
Le Monte Rotondo au-dessus des nuages

jeudi 29 juin 2000

8ème étape : Refuge Petra Piana - Refuge de l'Onda

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
10,7 km
430 m
840 m
1270 m

Refuge Petra Piana - Refuge de l'Onda

Aujourd'hui nous décidons de prendre notre temps, non seulement pour éviter la cohue du matin dans le refuge, mais aussi parce que la journée s'annonce belle, malgré le mauvais temps de la veille qui laissait présager une détérioration (nous craignions la pluie).

Aussi, avec le beau temps, nous décidons d'emprunter l'itinéraire classique pour rallier le refuge de l'Onda, c'est-à-dire de ne pas suivre la variante par les crêtes. Le topo nous indique que nous avons d'innombrables possibilités de baignades le long du ruisseau de Manganello.

Au refuge de Petra Piana avant le départ de l'étape
Au refuge de Petra Piana avant le départ de l'étape

Je souffre de quelques courbatures et d'une douleur assez vive au genou droit, vraisemblablement à cause des folies de la veille. Je ne m'inquiète pas plus que ça, même si la descente est très abrupte au départ de Petra Piana. Nous pensions nous arrêter à la bergerie de Gialgo mais nous avons trouvé porte close, sans doute un peu tôt pour le berger !

Après une bonne heure de descente, nous retrouvons un terrain plus clément en pente douce le long du Manganello, dans une immense forêt de pins qui fait penser à celle des Landes. C'est très agréable de se trouver à l'ombre alors que la chaleur du soleil est à son apogée. Sans que nous ne nous y attendions, une petite bergerie croisée sur le chemin fera notre plus grand bonheur : petit repas frais à l'ombre d'une tonnelle. La bergère est un peu "rustique" mais c'est ça la Corse. Nous sommes sidérés devant le travail qu'elle peut abattre, entre le soin des nombreux animaux (mules, chèvres, poules, cheveux) et le service à la clientèle qui s'arrête presque systématiquement. En tous les cas, cette halte s'impose absolument, à mi-parcours de l'étape entre les deux refuges.

Nous quittons le ruisseau à l'occasion de la traversée d'une passerelle, en remontant le long d'un de ses affluents, le ruisseau de Grottaccia. Nous profitons plus haut d'une dernière pause pour nous baigner dans une piscine naturelle, après s'être étonnés d'avoir fait une insolite rencontre avec des cochons sauvages, caractéristiques de la Corse dans ses paysages de montagnes et de plaines. Il était temps, c'était la dernière possibilité avant l'arrivée. 

Chute d'eau Près du refuge de l'Onda
Chute d'eau Près du refuge de l'Onda

L'eau est froide mais cette baignade improvisée nous procure soudain un extrême bien-être, et nous donne surtout le coup de fouet final pour terminer la montée en grande pompe. Après avoir remis les chaussures, nous couvrons les deux derniers kilomètres en moins de vingt-cinq minutes même si la pente ne cesse de s'accentuer jusqu'au refuge de l'Onda. Nous avions décidé de bivouaquer une deuxième fois, mais l'arrivée de nuages menaçants et le caractère agressif des montagnes environnantes nous en ont dissuadé fortement. Il est alors plus sage de se contenter d'une ultime nuit au refuge.

vendredi 30 juin 2000

9ème étape : Refuge de l'Onda - Vizzavona (par variante Monte d'Oro et aller retour à la Cascade des Anglais)

Longueur totale
Dénivelé total positif
Dénivelé total négatif
Dénivelé absolu
17,7 km
1050 m
1480 m
2530 m

Refuge de l'Onda - Vizzavona

Ici la coutume est de se lever tôt. Cette fois, nous réveillons tout le monde. Une demi-heure pour se préparer, le petit déjeuner vite englouti, et nous sommes partis. La veille au soir, au refuge, nous avons fait connaissance avec deux filles qui ont décidé ce matin de faire route avec nous pour cette dernière étape…"Pas de problème", leur avons-nous répondu. Nous avons choisi de terminer en beauté : emprunter l'itinéraire par le Monte d'Oro (2400 m) qui constitue une variante du GR20. Pas de temps à perdre, le programme est chargé d'autant plus que nous devons impérativement arriver à la gare de Vizzavona avant 15 h 45, où notre train nous attend pour Bastia. La route est longue mais le temps que nous nous sommes alloué est confortable.

Le GR20 nous fait gagner 700 m de dénivelé d'un seul coup. Attaquer par une telle montée n'est pas simple. Les filles ont décidé de partir très vite devant nous, comme si elles voulaient nous prouver quelque chose. Avec Manu, nous laissons faire au début. Elles nous surprennent vraiment, mais nous les rattrapons progressivement quelques hectomètres seulement avant l'arrivée au premier col. Mais quelle montée ! C'est du délire, nous atteignons la Punta Muratello en moins d'une heure.

Là, le GR20 se sépare en deux pour offrir la possibilité de rejoindre Vizzavona soit par le sommet du Monte d'Oro, soit par le fond de la vallée en le contournant largement. Comme convenu, nous choisissons la première solution en suivant les points jaunes qui remplacent désormais le balisage blanc et rouge. Il faut être vigilant car ils sont parfois inexistants sur plusieurs centaines de mètres. Mais nous gardons toujours le sommet en ligne de mire, ce qui nous donne notre orientation principale. Après avoir contourné quelques difficultés rocheuses, nous y parvenons assez rapidement car nous sommes au sommet à 10 heures pile, conformément à nos estimations.

Nous dépensons ¾ d'heure à nous alimenter en profitant du panorama, le dernier de notre périple.

Au sommet du Monte d'Oro
Au sommet du Monte d'Oro

Vizzavona se trouve plus de 1500 m sous nos pieds. Nous craignons la descente qui, selon le rapprochement des courbes de niveau sur la carte, nous promets encore quelques belles souffrances. Nous avons même du mal à repérer le sentier de départ, très escarpé et dangereux, qui se trouve entre des barres rocheuses sous le sommet. Un calvaire pour les pieds mais nous sommes transcendés et doublement motivés pour arriver au village : un bon bain dans les vasques naturelles de l'Agnone, la Cascade des Anglais, et notre train qui nous attend.

Le timing est respecté, la récompense ne se fait pas attendre : Nous filons tout droit vers une baignade royale. Nos pieds et tout notre corps apprécient. Les deniers hectomètres effectués avec les chaussures de randonnée ne seront que pure banalité.

A la gare, nous avons juste le temps de prendre un verre et déguster une glace, que le train est là, à l'heure prévue. Pas une minute de plus, nous faisons nos adieux à nos compagnes de randonnée d'un jour, retrouvées là – nous les avions laissées descendre tranquillement depuis le sommet – et nous embarquons pour Lucciana, juste avant Bastia. Le voyage est agréable sans les chaussures, il nous permet d'admirer une dernière fois les paysages corses sous une multitude d'autres aspects. Je profite pour réserver un taxi qui nous attendra directement à la gare. Nous lui demanderons de nous conduire à l'aéroport, où nous louerons une voiture. En effet, pour trouver hôtel, restaurants, et belles plages, cette autonomie peut s'avérer extrêmement utile, d'autant plus que nous avons toujours nos énormes sacs à dos avec nous

Nous trouvons rapidement un hôtel où nous nous installons, puis un bon restaurant à deux pas de la plage, où nous dînerons au bord de la piscine attenante. Un vrai régal.

samedi 1er juillet 2000

Nous avons durement gagné et mérité cette journée de repos que nous pensons utiliser au mieux : Le programme est simple : déplacement dans le charmant village de Saint-Florent qui se trouve de l'autre côté du Cap Corse, visite du port de plaisance, découverte de la Citadelle de Nonza avec sa vue magnifique sur une immense plage de galets noirs, et quelques délicieux moments partagés entre la baignade dans l'eau chaude de la Méditerranée et la sieste sur la plage, allongés comme deux loques que rien ne peux alors perturber.

Bien entendu, nous jouerons aux parfaits petits sudistes en sirotant un apéro sur l'unique terrasse du village, tout en lisant Corse-Matin, le journal local, pour nous tenir au courant des principaux événements sportifs à venir sur notre cher continent.


Plage de Nonza (Cap Corse)

dimanche 2 juillet 2000

Le temps de profiter de la piscine de l'hôtel, nous prendrons un dernier petit déjeûner avant de nous rendre à l'aéroport, tout proche, pour nous envoler directement à destination de Lyon.

Matériel à emporter

Nécessaire

Facultatif

Alimentation / Cuisine (pour une autonomie complète)

Habillement

Santé - Hygiène

Conseils pratiques et préparation

Conclusion

Il n'y a pas une façon de vivre le GR20, ou plutôt il y en a mille. Il offre une telle diversité de possibilités, tant sur le plan sportif (physique) que géographique ou culturel, que l'on doit le vivre à sa façon, à son rythme. La Corse n'inspire pas la montagne avant tout mais plutôt une certaine culture et le tourisme balnéaire. Pourtant elle est une énorme montagne sortie de la Méditerranée.

C'est toujours la montagne qui gagne, elle garde ses droits sur l'homme. La randonnée sur le GR20 vous le montrera si vous vous lancez dans cette aventure fabuleuse.

Bibliographie et cartographie

Carte IGN TOP25 Ref. 4250OT (Corte - Monte Cinto)

Carte IGN TOP25 Ref. 4251OT (Monte d'Oro - Monte Rotondo)

"A travers la montagne Corse" - Réf 067 - édité par Le parc Naturel Régional
Un topo-guide du GR20 rempli d'infos sur la faune, la flore et la montagne Corse. Editions FFRP
 
   Accès direct au guide

"Le guide des montagnes corses" par Michel Fabrikant et François Dearié, écrit par Michel Fabrikant publié aux éditions Didier Richard (n°120) cet ouvrage fait autorité.

"Montagnes de la Corse" (Juillet 94) par J-P. Quilici, F. Thibaudeau, S Pennequin. Récent, il propose 100 itinéraires dans les massifs montagneux. Editions Milan.

"Corse, les plus beaux sentiers" par JF. Devaud, comme son nom l'indique. Aux éditions Glénat
 
"Les 100 plus belles courses" par J-P. Quilici et Henri Agresfi. Un bel ouvrage chez Denoël.
 
"Corse entre mer et montagne", ou "Mare e Monti" - Réf FFRP0065 - édité par Le parc Naturel Régional pour les randonneurs qui profitent aussi de la Corse pour se baigner. Editions FFRP (Fédération Française de Randonnée Pédestre). Cliquez ici pour commander
Randonnée pédestre "Corse du Nord" Ed. Didier Richard.
Une série de cartes très intéressante au 1 / 50 000 em qui couvrent toute la superficie de la Corse.
 

Liste des refuges du Parc National (GR20 Nord)

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